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LIVRE Edition Parution. Arnaud Jaulin nous présente un sujet original : « Les Cloches de Vendée, voix des Eglises » [Réd. Les Sables-d’Olonne]


Arnaud Jaulin nous présente un sujet original : « Les Cloches de Vendée, voix des Eglises »

par Arnaud JAULIN
Maître de conférences à l’université de Brest puis de Bordeaux, Arnaud Jaulin enseigne à l’École de Chaillot (Paris). Adjoint au maire de La Rochelle en charge de la culture et du patrimoine de 2014 à 2020 et correspondant de la fondation pour la Sauvegarde de l’art français en Charente-Maritime, il a conçu et mis en œuvre la restauration des sonneries de La Ronde en 2011 et de l’église Saint-Sauveur de La Rochelle en 2025.


Arnaud Jaulin, très connaisseur du sujet, apporte un regard et un éclairage sur ce patrimoine vendéen très particulier et original.
Ce patrimoine que l’on entend bien plus qu’on ne le voit. 
Au fil du temps, des siècles, bien des choses évoluent, changent. Ce que tient à souligner Arnaud Jaulin, c’est que dans les lieux qui ont conservé les plus vieilles cloches – par exemples celles de Fontenay-le-Comte, la cloche Saint-Venant fondue par I. Galloys en 1466 – on entend aujourd’hui exactement le même son que celui qu’entendaient les gens en 1466 (15ème siècle). Une particularité qu’on peut considérée comme fascinante !
Par chance, la cloche de 1466 a survécu malgré les incendies lors des guerre de Religion à la fin du XVIème siècle, sans doute en raison de sa position haute dans le clocher-flèche de 82 mètres, alors que le beffroi et la charpente ont été ravagés.


Quelques éclairages :
En Vendée, il y a 305 paroisses, 250 communes réunissent de 2 à 7 cloches chacune, dont 7 à Tiffauges et 6 aux Sables-d’Olonne dont l’une pèse plus de 1 tonne. En Vendée 10 églises ont des cloches de plus de 2 tonnes. Les bourdons pèsent généralement plus de 2 tonnes. Plusieurs cloches installées en Vendée sont classées Monuments historiques.
Il pouvait y avoir une certaine « course » entre les paroisses pour avoir une des plus belles cloches ou au moins une cloche similaire aux plus belles, la cloche « cathédrale », ce qui entraînait un mimétisme dans les églises et des demandes de souscription auprès des croyants pour récupérer des dons.
Les cloches portent souvent le nom du Saint Patron ou le prénom d’un saint (le prénom étant alors) féminisée, ou le nom d’un prêtre.
C’est à partir de 1850 que l’Eglise a relevé la tête et a cherché à décorer les lieux avec du mobilier soigné, beau et élégant. Au 19ème siècle, il y a eu un repeuplement massif de cloches en raison d’une nouvelle ferveur religieuse.
Comment étaient montées de lourdes cloches tout en haut d’une église : en faisant tourner des chaines.
Amédée Bollée, fondeur au Mans, était issu de la Marne. La famille Bollée s’est fixée à Orléans puis au Mans. Ils furent aussi constructeurs de voitures et inventeurs d’éoliennes.
C’est grâce au pantographe (qui permettait d’agrandir ou de réduire un dessin et changer d’échelle grâce à une précision mathématique) que le célèbre Bollée a pu mettre au point des techniques pour ses constructions, par exemple pour le moule en terre et son profil en bois, mais aussi pour adapter les motifs décoratifs.
(sur le plan commercial, l’arrivée des trains et leur généralisation, a facilité les transports des cloches et permis de fournir des commandes en des lieux éloignés). Cependant, vers 1870-1880, le marché s’est trouvé pratiquement complétement équipé, et donc ne pouvant que se tarir. Il ne restait alors plus que 20 fondeurs en France. Bollé, qui était un génie – fondeur et accordeur – décidé de changer de métier…
Actuellement, en 2026, il n’y aurait plus que 4 fondeurs environ.
Sur les 700 cloches de Vendée, 76% proviennent du fondeur Bollée.
La musicalité étant très importante, il fallait pour cela au moins 3 cloches.
Il existe des cloches « civiles » qui ne sont donc pas installées dans des lieux religieux mais dans des châteaux par exemple, avec des sonneries civiles ou religieuses. Il y en a une aussi à la Préfecture à La Roche-sur-Yon : peut-être a-t-elle été récupérée durant la Révolution ?



Il arrive ou il est arrivé qu’en Vendée à la suite d’un décès, bien que la cérémonie soit purement civile, il soit demandé à « être sonné » c’est à dire faire une demande à la paroisse pour que les églises de la ville concernée sonnent les cloches.
Note de la Revue : Ce qui peut être accepté par la paroisse par courtoisie et respect du défunt, la demande pouvant n’avoir comme raison qu’un hommage public au sein de la ville, ou relever des traditions locales, notamment pour annoncer la la population la disparition d’une membre de la communauté urbaine ou villageoise.

Le mot « tocsin » n’a aucun sens ni origine religieux à proprement parler. C’est un terme purement civique, militaire et communautaire. Le mot vient du provençal tocasenh (formé de tocar = toucher/frapper, et senh = cloche/signal). Le senh désigne la cloche en tant qu’instrument mécanique de signalisation, sans aucune sacralité. Le tocsin signifie littéralement : « frapper la cloche ».
Les cloches mémorielles, cloches du souvenir pour ler besoin de mémoire, avec des éléments gravés dans la fonte, par exemple des noms de soldats morts pour la France


 




Photo de UNE
– Carillon du Château de Pulteau à Bazoges-en-Pareds


« Les Cloches de Vendée, voix des Eglises »
Part essentielle du paysage sonore vendéen, le patrimoine campanaire, fragile et jusqu’à présent méconnu, sort ici de la pénombre des clochers où il est audible mais peu visible.
Seule une soixantaine de cloches d’Ancien Régime subsiste, les refontes du XIXe siècle ayant accentué les pertes d’un inestimable patrimoine médiéval.
La proximité de fondeurs, la volonté par le clergé de moderniser les sonneries, l’émulation entre paroisses et communes recomposent alors malgré tout de véritables signatures esthétiques.
Du majestueux ensemble de Luçon à ceux de nombreux villages, un panorama des sonneries emblématiques, marques d’une Église relevée, révèle des pépites parmi les bourdons, les carillons, les cloches mémorielles et privées.
Ce patrimoine vivant et partagé, qui participe à la mémoire collective et à l’identité de la Vendée.


Quelques extraits choisis au sein des 240 pages de l’ouvrage
EXCURSION CAMPANAIRE EN BAS-POITOU
A l’image des promenades proposées par les antiquaires du XIX° siècle, pousser les portes des escaliers de quelques clochers permet de découvrir de petits trésors remontant, pour certains, à des époques où la France entrait dans la modernité, des campanes ayant survécu aux affres des colonnes inernales et délivrant la même note qu’u jour de leur « baptême ». Précieux témoignage de techniques, de modes ornementales et de sonorités devenues rares.


* Les plus anciens instruments des XV° et XVI° siècles
Pour bien percevoir les particularités de la future Vendée, il est nécessaire de regarder le contexte campanaire régional. Innombrables sont les cloches disparues sans qu’une trace soit conservée, hormis la connaissance de leur seule existance. Certains en revanche, par leurs tailles, leurs fonctions ou appréciées de la population dans des villes, marquent cependant particulièrement les esprits et les territoires qui en conservent la mémoire dans leurs archives ou par des témoignages.
Joseph Berthelé cite par exemple la cloche de 1520 de l’église – détruite – de Paillers, transportée à Beaurepaire, attestant une pratique de récupération quasi-systématique  des instruments, au moins pour leur bronze. C’est aussi le cas pour les cloches de ville : celle de 1277 de Saint-Jean-d’Angély par exemple ou celles du ros-Horloge de Poitiers, fondues par Jean Osmond en 1387 et par un autre fondeur en 1396.
Fougères, en Ille-et-Vilaine, fait figure de cas exceptionnel avec sa cloche de beffroi remontant à 1397. Bien plus rares, en raison de l’usure, des guerres ou des saisies, sont celles demeurées antérieures au XV° siècle dans les clochers et beffrois de la région.


* Une sonnerie parachevée tardivement
Une troisième et quatrième cloches sont fournies par Amédée Bollée, du Mans, en 1891.
La sonnerie de Saint-Louis a été complétée à la fin du XIX° siècle par deux cloches dont l’une des devenue bourdon.
Amédée Bollée, fondeur au Mans, livre « Marie Marcelle« , 1542 kg (ré / diamètre 131 cm), « baptisée par Mgr Clovis Nicolas Joseph Catteau, év. de Luçon : Mr Michel Gelot étant curé de La Roche ».
Elle est parrainée par un avocat, docteur en droit, ancien magistrat, et par l’épouse d’un notaire de La Roche-sur-Yon ; c’est dire combien l’importance des juristes est soulignée en cette fin de siècle bourgeois.

* Cinq autres ensembles sonores particulièrement ambitieux ont vu le jour, les raisons pouvant être : l’histoire forte de territoires marqués par une vie religieuse intense, l’imitation de la cathédrale ou encore le zèle d’un pasteur.
** Saint-Laurent-sur-Sèvre, « ville sonnante » par excellence
Petite ville géographiquement en marge, Saint-Laurent-sur-Sèvre, est marquée par la présence de missionnaires et de communautés. Quasi cité-Eglise, la paroisse ne compte pas moins de 41 cloches connues fondues depuis le XVIII° siècle, dont 26 subsistent en 2024, presque toutes sont religieuses à l’exception de celle de « Maison longue » de 1762 (exposée) et d’une petite à la mairie du fondeur Paccard en 2018 (sol#, exposée, 1,4 kg, diamètre 12,5 cm), donnée comme trophée des « villes sonnantes » par la Société française de campanologie. Au moins six chapelles sont munies de cloches.
Saint-Laurent-sur-Sèvre est par ailleurs riche d’un patrimoine campanaire largement réparti :
*** ancienne chapelle de la Barbinière dite chapelle des Pénitents (refondue en 1804) ;
*** chapelle de Saint-Michel, ancien établissement scolaire (Ernest Bollée, du Mans, 1850, do, 106 kg, diamètre 57 cm) ;
*** chapelle du Saint-Esprit des missionnaires montfortains (Ernest Bollée, du Mans, 1855, Saint-Pierre, sol, 65 kg, diamètre 49 cm, et Saint-Paul, la, 46 kg, diamètre 44 cm) ;
*** chapelle Sainte-Anne (Bollée père et fils, au Mans, 1860, Anne, ré, 70 kg, diamètre 50 cm).


Extrait de la Table des matières
Préface de Jean-Michel Leniaud

Partie I – Une soixantaine de cloches vendéennes de l’Ancien Régime
Partie II – Une reconquête, plus que symbolique, de l’environnement sonore à partir du XIXème siècle
Partie III – Aperçu d’un paysage sonore campanaire emblématique, riche et diversifié


Publié le 3 juillet 2026
ISBN : 978-2-491575-41-0
240 pages – 20 €
Editeur : Centre vendéen de recherches historiques
– dans toutes les bonnes librairies et sur :
https://www.histoire-vendee.com/ouvrage/les-cloches-de-vendee-voix-des-eglises/

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