Les Sables-d'Olonne Vendée. Le Sablais René Guiné défenseur de l'Atlantique face au blocus de l'ennemi anglais De lui, de nombreux Sablais et passants ne connaissent qu'un quai sur le port qui porte son nom. Mais, en plus d'être un très grand marin, il fut bien plus que cela pour Les Sables-d'olonne et la France. Il sera jeune-marin mousse, marin militaire, Commandant du Port des Sables-d'Olonne, Corsaire autorisé par le Roi et l'Empereur, et négociant en étant Capitaine d'un navire de commerce. Guiné René (7 janvier 1768 aux Sables-d'Olonne - 4 décembre 1821 à Nantes) Il descend d'une famille de marins sablais. Son père et grand-père avaient été Capitaines au long cours. - Entre environ 1780 et 1786, il sera dans la Marine marchande ; il fut jeune marin et participa comme mousse à une dizaine de campagnes morutières à Terre-Neuve En 1786, il s'engagea à l'âge de 18 ans dans la marine militaire (marine de guerre). Il fit ses débuts sur la goélette "Crocodile" "qui cingla vers le Brésil, prit part à de nombreux combats, s'empara de navires portugais, et sauva Cayenne des mains de l'ennemi". En 1794, il est nommé Enseigne de vaisseau, à 26 ans après 8 années de service. C'est l'époque où la France vient de perdre une partie de ses colonies (Corse, comptoirs des Indes, Guadeloupe, Martinique, une partie de Saint-Domingue....). René Guiné est alors connu pour de nombreux faits d'armes. - En 1796, alors qu'il commande la corvette La Gaîté, armée de vingt canons, il est chargé d'une mission secrète et il a donc ordre d'éviter tout engagement avec l'ennemi ! Mais, rencontrant la frégate anglaise L'Arethuse, forte de 400 hommes d'équipage, il a l'audace d'accepter la lutte alors qu'il n'a qu'un petit équipage. Après trois heures de combat, La Gaîté est capturée et René Guiné, captif, est transféré en Angleterre. Au retour en France, il sera alors traduit devant un Conseil de guerre à Rochefort pour désobéissance et, malgré la reconnaissance de sa bravoure, il fut condamné à 5 ans de rétrogradation. Le jugement étant considéré d'une sévérité inouï, le Vice-Amiral Martin, ancien matelot ayant commencé comme René Guiné par les premiers grades de la marine, "s'approcha du Capitaine de vaisseau qui avait présidé le Conseil de Guerre et lui dira à voix basse : - Monsieur, si j'étais à votre place, j'irais me pendre !..." (Sources : G. Durivault). - Durant sa peine, René Guiné au lieu de commander le navire, était embarqué en "sous-ordre". Sur le "Rhinocéros", la canonnière "L'Ile-Dieu", la corvette "Le Citoyen", la frégate "La Thémis", le vaisseau "Dugay-Trouin", la gabarre "La Lionne". - Vers 1801, sa punition achevée et grâce aux compliments des commandants, il reçoit le commandement de la corvette La Bergère. Il accompagnera, après la paix d'Amiens, de conduire les membres de l'ambassade française à Constantinople, et de déposer des consuls français dans toutes les Echelles du Levant. (Les échelles du Levant sont les ports et les villes de l'Empire ottoman, situés au Proche-Orient ou en Afrique du Nord, pour lesquels le sultan avait renoncé à certaines de ses prérogatives, notamment en matière juridique, en faveur de négociants français, principalement marseillais) - Mai 1803, la guerre reprend avec l'Angleterre. René Guiné est nommé Lieutenant de vaisseau et Directeur des convois du 5ème arrondissement maritime. - 1804-1815 : C'est ainsi qu'il sera pendant plus de dix ans, à partir du port des Sables-d'Olonne, le défenseur de convois de navires marchands français entre Bordeaux-La Rochelle-Nantes et permettra ainsi de contrer le blocus anglais des ports et côtes françaises depuis la défaite de Trafalgar le 21 octobre 1805. Il commença par commander le lougre "L'Angélique" (six canons) et réussira, devant La Teste, après un combat à faire fuir au large le cutter anglais "La Providence" (seize canons). Il agissait avec une flottille de 15 péniches et de son lougre, Le Rapace (un lougre est un voilier de 2 ou 3 mâts pour le cabotage mais aussi pour la surveillance des côtes face à l'ennemi). Il agira en vrai Corsaire qu'il était (marin qui attaque les navires de commerce ennemis avec l'autorisation officielle du Roi ou de l'Empereur) et s'emparera entre 1804 et 1815 de plusieurs croiseurs anglais, notamment les corsaires Le Héros (6 canons), le Marquis de Thownsend (14 canons), l'Aristide (3 canons), le Jnapper (6 canons) ainsi que des embarcations armées et des bâtiments de commerce. Il sauvera à partir des Sables-d'Olonne plus de 30 navires. L'une de ses ruses était d'installer des "navires pièges" échoués par lui-même sur la côte afin d'attirer l'ennemi puis de fondre avec ses marins sur les éclaireurs ennemis. L'Amirauté anglaise recommandait alors aux commandants des vaisseaux anglais : « Beware of Commodore Guiné in the bay of Biscay » (Défiez-vous du commodore Guiné dans le golfe de Gascogne). - En 1804 (ou 1808), il est nommé Capitaine de Frégate (au début de l'Empire français). René Guiné est alors Capitaine de Frégate et commandant de la station des Sables-d'Olonne. - 21 octobre 1805 : défaite de Trafalgar. Les Anglais deviennent maître des mers. - Le 15 mai 1808, il capture dans la zone de Fromentine le cutter anglais "Le Lion" (12 canons) que l'équipage avait abandonné durant la nuit. 23 février 1809 : René Guiné se distingua lors du combat naval du 23 février 1809 en dirigeant habilement les batteries de canons du Fort Saint-Nicolas. Trois frégates françaises, qui étaient aux ordres du Vice-amiral Jurien de la Gravière, étaient bloquées dans le port des Sables-d'Olonne, par l'escadre de l'amiral anglais Stopfort. Grâce au feu nourri des batteries de terre, dont la plus importante celle du Fort Saint-Nicolas était commandée par le Capitaine René Guiné, les frégates françaises purent être dégagées du blocus. 24 mars 1812 : René Guiné reçoit pour la défense des convois marchands une épée d'honneur de la part de la Chambre de commerce de Nantes lors de l'Assemblée générale du Commerce présidée par M. François-Marie-Bonaventure du Fou (armateur, négociant et prés. de la Chambre de Commerce ; il devint maire de Nantes l'année suivante). Un grand nombre de négociants et d'armateurs avaient prié la Chambre de Commerce de réunir des fonds pour l'achat d'une belle épée d'honneur de marine destinée à M. Guiné en gage de reconnaisance. Discours de Bonaventure du Fou, en présence de René Guiné : "C'est avec les sentiments de franchise innée chez les Bretons que les commerçants de Nantes vous témoignent, aujourd'hui, la satisfaction qu'ils éprouvent de vous voir à la station des Sables-d'Olonne, et par conséquent le protecteur des nombreux convois qui passent par votre division... Cette épée vous est offerte avec la reconnaissance la mieux sentie ; daignez l'accepter comme un gage de ce sentiment, dû à votre bravoure et aux éminents services que vous avez rendus au commerce nantais...". Pierre-Louis Athénas*, qui était alors sécrétaire de la Chambre de commerce de Nantes (créée en 1803), dira de Réné Guiné : "C'était moins par ses prises que par la terreur qu'il inspirait aux Anglais, que Guiné rendit d'immenses services au commerce du pays. L'ennemi hésitait alors à revenir sur nos côtes. Il ne lui a manqué qu'un théâtre plus vaste pour déployer un plus grand caractère et faire preuve de talents plus distingués sur les flottes de Sa Majesté." (* Pierre-Louis Athénas (1752-1829) : savant en chimie, physique, agronomie et minéralogie, érudit et pionnier de l'archéologie locale, industriel et homme politique nantais). On considéra que l'action de René Guiné avait sauvé les fortunés armateurs de Bordeaux, de La Rochelle, de Nantes, et aussi ceux des Sables-d'Olonne. Rappel : (Sources : G. Durivault). Officier de la Légion d'honneur - 1814 par le Roi Louis XVIII "Ce fut un jour de fête dont Nantes garda longtemps le souvenir. Lorsque Guiné sortit, une foule compacte s'attaché longtemps à ses pas. Le soir, un splendide banquet couronna la journée. Le décor de table fut prodigieux et symbolique. Guiné y était en bonne compagnie. Au milieu de la table, s'élevait un obélisque de porphyre flanqué des quatre statuettes de Duquesne, Duguay-Trouin, Jacques Cassard l'illustre Nantais, et Jean Bart. On souleva l'obélisque et, au milieu des statues, apparut un emblème mythologique : Mercure, dieu du Commerce, tenant à la main le portrait de son illustre défenseur Guiné, avec ces quatres vers: - Rendant hommage à la vaillance - Ton front, intrépide Guiné, - En ce beau jour est couronné - Des mains de la reconnaisance. .... date.... : Un jour, une frégate française mit à la côte aux Sables-d'Olonne. Un capitaine de frégate anglaise qui la guettait enverra en pleine nuit 5 hommes pour reocnnaître (l'état) de la proie. Grâce à René Guiné les Anglais furent fait prisonniers et sans doute la frégate anglaise coulée puisque, bien plus tard, en 1858, un plongeur sablais du nom de Jamin repêcha des débris de cette frégate anglaise. - 18 août 1814, René Guiné est fait Officier de la Légion d'Honneur (sous Louis XVIII), et le 23 août 1814 il est fait Chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. - 1815 : RENÉ GUINÉ EST RAYÉ DES CADRES alors qu'il n'a que 47 ans Après les Cents-Jours (de Napoéon, fin le 22 juin 1815 après la défaite de Waterloo le 18 juin 1815), il est rayé des cadres de la Marine royale. Louis XVIII, lors de sa seconde restauration, est devenu méfiant et bien des officiers furent rayés des cadres...! Selon les sources de G. Durivault, des jaloux auraient signalé René Guiné comme "ennemi des Bourbons sous le prétexte infâme qu'il aurait pactisé avec les Anglais", lui qui n'avait cessé de les combattre ! On lui "fendit l'oreille" - c'est une image -, c'est-à-dire qu'il fut mis à la retraite, avec une faible pension de 750 francs. Deux causes auront cependant entravé la carrière de René Guiné, précise Durivault : - l'affaire de la "Gaîté", lorsqu'il a combattu alors qu'il avait ordre d'éviter tout engagement avec l'ennemi (et donc sa condamnation par le Conseil de Guerre) ; - et la chute de l'Empire. Chevalier de la Légion d'Honneur, par l'Empereur-1804 Extrait de Naissance : 7 janvier 1768 Sa nomination du 18 août 1814 comme Officier de la Légion d'honneur fut même suspendue ! C'est dire combien les Cents-Jours de Napoléon ont marqué Louis XVIII et les Bourbons. Elle fut malgré tout confirmée le 11 mars 1817 mais, selon Durivault, cette tentative fit un grand tort au "régime" de la Restauration auprès des Sablais qui vouaient un grand respect pour René Guiné. 1815 : René Guiné a alors 47 ans. Bien que des armateurs nantais lui offrirent un commandement, il refusa on sentiment d'injustice l'ayant blessé, à la suite de la décision des Bourbons. Il devient négociant et Capitaine d'un navire de commerce. Installé à Nantes, il organisera pendant 5 ans des expéditions commerciales. 11 mars 1817 : René Guiné est Officier de la Légion d'honneur. 4 décembre 1821 : décès à Nantes à 10 heures du soir, à l'âge de 53 ans. Décédé chez M. Merman, 4 rue de Georges. Avait pour épouse : Dame marie-Rose-Christine-Elisabeth SOCHET. Son corps repose au cimétière Miséricorde (sur le bord droit de la première allée à gauche). La tombe est en granit avec une croix blanche et deux plaques de marbre. Inscriptions : Guiné René Capitaine de frégate. Officier de la Légion d'honneur. Chevalier de Saint-Louis. Né aux Sables-d'Olonne le 7 janvier 1768. Décédé à Nantes le 4 décembre 1821. Le Commerce de Nantes lui décerna une épée d'honneur L'Anglais disait : "Dans le Golfe de Gascogne, défiez-vous du Commodore Guiné" Au pied de la croix qui se dresse en tête du monument on lit : (sa petite-fille) Louise-Amélie Rondenet Née le 18 mai 1830 Décédée le 28 septembre 18X8 Une touffe de pensées est gravée dans la pierre. A l'extrémité, du côté du passant, est une plaque de marbre blanc où l'on peut lire : (sa fille) Dame Rondenet Née Césarine-Christine Guiné le 15 septembre 1800 Décédée le 14 novembre 1870 Décorations et Honneurs : - 15 juin 1804 (26 Prairial de l'an XII), René Guiné - Lieutenant de Vaisseau - est fait Chevalier de la Légion d'honneur par Napoléon Bonaparte, empereur des Français. - 18 août 1814, il est fait Officier de la Légion d'honneur (sous Louis XVIII), et le 23 août 1814 il est fait Chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. - Il reçut aussi la Décoration du Lys (instituée le 26 avril 1814 par le comte d'Artois pour récompenser la Garde nationale de Paris puis des civils et militaires). - Pour la défense des convois, il reçut le 24 mars 1812, une épée d'honneur de la part de la Chambre de Commerce de Nantes. - Et un instrument de marine de la part de la Ville de La Rochelle. - (Et Bordeaux s'apprêtait aussi à fêter René Guiné mais la chute de l'Empire retarda le projet). Aucune trace de ces objets n'est actuellement connue dans un Musée ou chez un particulier. - Un quai des Sables-d'Olonne porte son nom, ainsi qu'une rue à La Roche-sur-Yon. Une rue et un espace vert à Nantes sous le nom de "Square Commodore Guiné" (en raison des nombreux services rendus aux Nantais). Sources : Documentation Le Reporter sablais - Biographies Vendéennes de Constant Merland (1808-1885) (Edité en 1883 par Forest et Grimaud, à Nantes, à Niort par Forget, à Paris par Gervais) - Archives des Sables-d'Olonne - Archives nationales (Pierrefitte-sur-Seine) - Base Léonore - Le Phare de la Loire du 5 mars 1939 (Article de G. Durivault : L'Histoire du Commodore René Guiné) - Histoire de Vendée. lereportersablais@gmail.com Cliquez pour lire L'ARTICLE DE LA SEMAINE : Retour aux articles : Campagne de DONS 2026 : Abonnement au reporter sablais : Inscription à la Newsletter : Publication d'Annonces légales Vendée : Vidéos Les Sables-d'Olonne et Vendée :