Histoire de l'Abri du Canot de sauvetage aux Sables d'Olonne

Les Sables d’Olonne – L’histoire de l’abri du Canot de sauvetage

 




« Histoire de l’abri du canot de sauvetage des Sables d’Olonne et de sa cale de lancement »

Dossier réalisé par Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

Avant-Propos:
L’angle de ce dossier n’est pas le sauvetage en mer mais l’abri du canot de sauvetage en mer.
A travers cet angle, ce sont aussi les débuts de la Station de sauvetage des Sables d’Olonne qui sont traités.
Les raisons qui nous ont amené à ce sujet est la rénovation totale de l’Abri du canot qui se trouvait sur La Cabaude.
Pour réaliser ce dossier nous avons compulser différentes archives nationales, locales, SNSM, des journaux anciens locaux numérisés.
L’iconographie provient de cartes postales en notre possession ou que l’on nous a prêté.
Cependant, ce dossier n’aurait jamais pu être réalisé sans l’exceptionnel numéro spécial sur le Sauvetage en Mer réalisé par la Revue Olona en 2002.
Certains passages historiques et quelques photos sont directement issus de ce numéro et nous remercions vivement les dirigeants de la société Olona.
Bonne lecture !
Ph. B-L

 

Un peu d’Histoire
Le 29 août 1826, le sous-Préfet adresse une lettre au Maire des Sables d’Olonne à propos de l’utilité de bateaux de sauvetage et des endroits où il conviendrait de fixer ces bateaux.
Bien plus tard, le 1er novembre 1863, sera créée la Société de sauvetage des Sables d’Olonne.
D’autres villes littorales en France ont créé des société de secours ou société humaine de naufrages: Dunkerque et Dieppe (1834), Calais (1835), Le Havre (1839).
(Note: à cette époque on utilisait le mot « société » pour signifier le sens actuel d’association).

Une commission est créée en 1861 avec pour but de les fédérer et de créer « un service privé et général de sauvetage en mer » financé par des donations. Cela à l’initiative du Baron Théodore Gudin.
Il se dit que c’est en raison de deux drames que ces initiatives ont été prises: le naufrage de l’Amphitrite à Boulogne-sur-Mer en août 1833 et celui de La Sémillante sur l’archipel des Lavezzi en février 1855.

Société Centrale de Sauvetage des Naufragés Source: Le Reporter sablais

 

Médaille en Or de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés remise au Gardien du Phare de Gris-Nez pour le sauvetage de l’équipage de la goélette anglaise naufragée Result, le 25 novembre 1877. 37 mm

 

Exemple de tenue de sauveteurs: des sauveteurs belges à Knocke-sur-Mer

Knocke-sur-Mer – Source: Le Reporter sablais

 

Tableau représentant « Nos sauveteurs »

Tableau représentant « Nos Sauveteurs » – Source: Le Reporter sablais

Quatre ans après la création de la Commission adhoc, est créée le 12 février 1865 une société nationale, la Société centrale de sauvetage des naufragés (SCSN), avec la mission « de sauver les personnes en danger de mer. »
Napoléon III est au pouvoir depuis le 2 décembre 1852. C’est lui qui signe à Compiègne, le 16 novembre 1865, le décret impérial créant la SCSN.
Le premier président de la SCSN est l’amiral Rigault de Genouilly, sénateur, le vice-président le baron Théodore Gudin.
Les deux premiers canots sont offerts, l’un par l’empereur, l’autre – Othello – par l’impératrice Eugénie qui devient « la protectrice de la SCSN. » Le 17 novembre 1865, la SCSN est reconnue d’utilité publique.

Un an plus tard en 1866, la SCSN comprend vingt quatre stations de sauvetage avec des canots à avirons et à voiles. En 1875, on en compte 75.

Les tactiques utilisées en sauvetage sont alors de deux sortes:
– avec des canots de sauvetage;
– avec des « fusées porte-amarre » qui sont lancées vers les bateaux en difficulté pour installer des va-et-vient. En 1883, 150 postes de lancement ont été installés.
A partir de 1900, les canots sont motorisés et en 1967 la SCSN possède 58 canots à moteurs considérés comme insubmersibles et inchavirables.


En octobre 1967, la Société centrale de sauvetage des naufragés fusionne avec la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons.
La SNSM est née, sous statut d’association en loi 1901. Elle est reconnue d’utilité publique le 30 avril 1970.

 

La Station des Sables d’Olonne
La Société de Sauvetage des Sables d’Olonne a donc été créée le 1er novembre 1863. Elle est dissoute le 11 mai 1866 afin d’intégrer la SCSN. Elle comprenait 156 membres.
Elle devient alors l’une des stations de la Société centrale de sauvetage des naufragés.
Ses deux plus brillants sauveteurs furent Anselme Maraud (1842 – 1909) et Pierre Eliopole Crouzillat (1835 – 1910).
Anselme Maraud fut le 1er Chef d’équipe du canot de sauvetage et c’est Pierre Crouzillat, surnommé le Premier sauveteur de France, qui prit sa succession.

 

Pierre Crouzillat, ses décorations, et son certificat de Légion d’Honneur

 


La 1ère station des Sables d’Olonne à l’Anse de la Fontaine

Le premier canot de sauvetage de la Station des Sables d’Olonne fut disposé sur le quai de La Chaume, à l’Anse de la Fontaine (qui est devenue la Place Anselme Maraud), non loin de la Tour d’Arundel. Le 4 février 1865, le Conseil Municipal alloue un crédit de 500 francs à la station pour parfaire son installation.
L’Anse de la Fontaine était une crique perpendiculaire au chenal où mouillaient des barques. La modification des quais et de la place au 18ème siècle réduisit la crique et c’est par une voûte sous les quais que sortaient les barques et le canot de sauvetage.
Une cale dite Cale des Fontaines permettait de descendre les canots, depuis le pourtour de l’anse, pour les mettre à l’eau (pour des raisons d’insalubrité, la cale fut comblée en 1923. Elle sert aujourd’hui de parking automobile).


Photo: Anse de la Fontaine et, en rouge, la Cale des Fontaines

Anse de la Fontaine – Source: Le Reporter sablais

 

On voit bien sur cette photo l’existence de la voûte menant à l’Anse de la Fontaine

Voûte menant à l’Anse de la Fontaine – Source: Le Reporter sablais

 

Le 11 janvier 1867 la Société centrale de sauvetage des naufragés – créée en 1865 – équipe la ville des Sables d’Olonne d’un canot insubmersible. C’est le bâtiment Bayard de la Marine impériale, en provenance de Rochefort, qui le débarque. Le canot insubmersible est à redressement spontané, mesure 9,78 m de long et est de construction anglaise (Forrest & Son).
Le 21 avril 1867 sont remises à la Station de sauvetage des Sables d’Olonne les clés du bâtiment Abri du canot – construit par les Ponts et Chaussées – sur cette même place de l’Anse des Fontaines (voir photo -ci-dessous – sur cette photo l’anse est déjà comblée. Elle le fut en 1923).

L’abri du canot de sauvetage – Source: Le Reporter sablais

 

A droite ci-dessous, l’abri du canot

 

A droite, l’abri du canot – Source: Le Reporter sablais

 

L’Abri du Canot – Source: Le Reporter sablais

 

L’Abri du canot – Source: Le Reporter sablais

Mais à la suite du drame du 24 avril 1868 de la chaloupe « Coeur de Jésus et de Marie » (durant lequel le canot ne se redressa pas après une déferlante: 6 victimes dans la chaloupe et 7 dans le canot de sauvetage, plus un sauveteur depuis la côte), les marins sauveteurs rechignaient à monter à bord de ce canot en lequel ils n’avaient plus confiance. On le verra en février 1873 avec la difficulté à trouver un équipage.

Le 2 février 1873, le naufrage d’un vapeur, le Bedlington, marquera les esprits. En conflit avec le patron du bateau pilote, Kirié, qui lui conseille de ne pas sortir, il talonne en sortant des Sables d´Olonne et s’échoue par suite d’avaries face à la zone de Tanchet. Il y avait 11 hommes d’équipage:  3 furent survivants, 3 corps furent rejetés à la côte, et 5 disparus. Le Capitaine s’est suicidé dans sa cabine.


Ci-dessous, Pierre Crouzillat, dans l’eau à la rescousse des naufragés.

 

Pierre Crouzillat à la rescousse des naufragés – Source: Le Reporter sablais

Retour en arrière: à 13h30, un pavillon de difficultés est hissé sur le Bellington, le maire de la Ville demandant alors que l’on mette le bateau de sauvetage à l’eau. Mais, Anselme Maraud lui répondit que la mer était trop basse (Note: sans doute pour la sortie de l’Anse des Fontaines) et que le canot était en manque d’effectifs pour constituer un équipage!
Quelques personnes dont Pierre Crouzillat et des gardes maritimes se rendirent face aux rochers pour aider les naufragés.

Le naufrage suscita une polémique:
« A la suite de ce sinistre, le jeune sous-Préfet des Sables d’Olonne envoie au Préfet une lettre où il émet de vives critiques, d’ailleurs inconsidérées, sur le fonctionnement de la station des Sables d’Olonne et de la SCSN. Cette lettre fut connue et déclencha une violente polémique que le maire fit cesser en répondant vertement aux critiques. La SCSN n’apprécia pas d’être mise en cause et dans une lettre datée du 6 mars 1873, l’Amiral Rigault de Genouilly fit savoir qu’il fermait la station sablaise et retirait le canot. »  (Sources: Revue historique Olona)

 

La Société centrale de sauvetage des naufragés (SCSN) décida donc, par ordre du président national l’Amiral Rigault de Genouilly, – en raison de sa mise en cause mais aussi en raison de l’effectif insuffisant des marins acceptant de participer aux sauvetages – la fermeture de la station de sauvetage sablaise (lettre du 6 mars 1873). Le canot de sauvetage récupéré par la SCSN sera affecté à Locmaria en décembre 1873.
La station de sauvetage des Sables d’Olonne n’existe plus!
« L’abri du canot est alors transformé en 1874 par les Ponts et Chaussées en « magasin d’huile minérale pour l’administration de l’Equipement ».  Cette huile minérale servait pour les feux des phares et balises. Le bâtiment était appelé « la pétrolière. » Cet abri a été rasé en 1996 après dépôt d’un permis de démolir en date du 17 novembre 1995. » (Sources: Revue historique Olona).
La pétrolière servant essentiellement pour le feu de la Tour d’Arundel, elle n’eut plus d’utilité lorsque le système devint électrique.
D’après l’ancien député-maire des Sables d’Olonne, Louis Guédon, qui nous l’a indiqué de vive voix, c’est lors de la rénovation du Château St-Clair (pourtour de la Tour d’Arundel) que l’architecte des bâtiments de France souhaita détruire la pétrolière qui lui semblait ne pas correspondre à l’environnement acceptable autour du château et de la Tour rénovés.

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En raison de cette fermeture, le Maire des Sables obtint l’installation d’une station de secours dotée d’un canon lance-amarre – manié par les douaniers – permettant d’assurer un « va-et-vient » avec les bateaux en difficulté. L’abri fut installé près de l’entrée du chenal au bout du quai du Casino (devenu quai Mal Joffre). Cet abri fut cédé par l’Etat à la SCSN le 13 avril 1894 (Sources: Constant Friconneau / Olona)

 

« En 1877, Pierre Crouzillat fait alors construire sur ses deniers, et selon ses propres plans, un nouveau canot de 6 mètres de sauvetage, « Secours », afin de pouvoir reprendre les sauvetages.
Le 27 juin 1877, il demande par courrier, à la Ville des Sables d’Olonne un abri pour le canot (ainsi que des bossoirs, palans et apparaux nécessaires à l’activité). Pierre Crouzillat adhère à une autre organisation de sauvetage, la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons, et fait don de son canot à cette société en février 1878. » (Sources: Olona)
Sans doute en raison de la fermeture imposée de la station par la SCSN.

Un peu plus tard les Ponts et Chaussées fournissent un abri flottant – en 1878-1879 – construit en tôles, et situé à droite du pont-écluse de La Chaume et celle du bassin à flot, devant La Cabaude.
« Il est mouillé sur 4 crapauds de 1000 kilogs et 4 chaînes de 18 mètres de longueur » (Sources: Olona)

Parallèlement, la SCSN rouvre officiellement la station sablaise le 2 février 1879, tout en fournissant un nouveau canot, l’Amiral Jacquinot (en provenance de St-Marc près de St-Nazaire, il rejoindra Granville en 1900).

(L’abri flottant aurait été inauguré officiellement le 17 septembre 1881).
Mais au fil des années son état s’amenuise et un accident en 1888 ne permet plus de l’utiliser.

1879 – Abri flottant du canot de sauvetage
© Photo: Olona

Le canot est alors positionné – en janvier 1889 – sur le quai de La Cabaude en haut du brise-lames, et il est descendu sur un chariot par un jeu de caliornes (poulies).

Abri du canot sur La Cabaude
© Photo: Noëlla Morisseau (Source: Olona)

Cinq ans plus tard, fin 1894, les Ponts et Chaussées construisent un abri en dur pour le canot qui est officialisé le 9 janvier 1895.
En 1913, une baleinière de type Woolfe, « Duc et Duchesse Decrès » – logée dans un abri contigüe – vient en complément du canot afin d’effectuer des sorties plus rapides.
(Sources: Revue historique Olona).

 

Abri du canot sur La Cabaude en 1946 et la cale de lancement
© Photo: Pierre Ménard (Source Olona)

 

On hissait alors le canot sur la cale de lancement vers l’abri.

Hissé sur la cale du canot vers l’abri © Photo: Hervé Retureau

 

Un des canots de sauvetage devant le phare des Barges

Un des canots de sauvetage devant le Phare des Barges – Source: Le Reporter sablais

 

Un des canots de sauvetage remorquant un bateau qui vient de couler

Le canot de sauvetage remorque un bateau qui vient de couler – Source: Le Reporter sablais

 

La cale de lancement du canot de sauvetage sur La Cabaude

La cale de lancement du canot de sauvetage sur La Cabaude – Source: Le Reporter sablais

Ci-dessous, le canot de sauvetage des Sables d’Olonne « Dr Paul Le Dien » qui a accompli de brillants services de 1953 à 1984, est désormais installé près de la Capitainerie à La Chaume.

 

Canot Paul Le Dien 1953 – 1984 © Photo: Le Reporter sablais

 

Le Canot Dr Paul Le Dien – © Photo: Le Reporter sablais

L’abri restera à La Cabaude jusqu’en 1988 date à laquelle il sera transféré à Port-Olona, le nouveau port de plaisance des Sables d’Olonne.

 

La station en 1988 à Port Olona © Photo: Philippe Moreau

 


2019 – Les bâtiments actuels de la Station des Sables d’Olonne

 

Les bâtiments de la Station SNSM des Sables d’Olonne en 2019

 

 


2019 – Que devient l’Abri du canot de sauvetage de La Cabaude depuis le transfert de la station à Port Olona ?

Les bureaux de la société Océa se trouvaient à côté de l’Abri du canot qui subsistait depuis 20 ans en tant que « hall » au 12 Cale du Canot de Sauvetage (à l’angle de la Cale et de la route de la Cabaude). Le bâtiment des bureaux d’OCEA existants et le bâtiment du canot de sauvetage forment une surface de 743 m2.
En octobre 2018, OCEA a déposé un permis de construire afin de transformer ce « hall » d’environ 101 m2 en espace de bureaux et afin de construire un bâtiment annexe à l’arrière (plans du cabinet d’architecture AADP – Duranteau – Pidoux).
Les travaux viennent d’être réalisés: le bâtiment a été réaménagé en bureaux avec la création d’un étage dans le volume haut existant. Une nouvelle charpente en bois a été posée, et le toit en bac acier a été remplacé par une couverture en tuiles, comme autrefois.
Une extension à un étage a été créée à l’arrière permettant de relier ce bâtiment au bâtiment administratif existant mitoyen. Une charpente traditionnelle et une couverture en tuiles de terre cuite ont été posées.
Les nouveaux bureaux devraient servir, notamment, au PDG de l’entreprise OCEA, Roland Joassard.

 

Projet rénovation du bâtiment du canot de sauvetage
© Sources: Cabinet AADP

 

Projet rénovation du bâtiment du canot de sauvetage
© Sources: Cabinet AADP

 

Rénovation et extension de l’ancien Abri du canot viennent d’être achevées

 

Abri du canot rénové

 

 

 

L’ancien Abri du canot rénové et l’ancienne cale de lancement du canot toujours présente

Ancien Abri du Canot et sa cale

 

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Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

 

 

 

 

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