Kito de Pavant - ©Photo: Vendée Globe

Vendée Globe – Nouvelles et Commentaires des skippers mardi 6 décembre 2016

Joints à midi dans le Vendée Live, Arnaud Boissières et Yann Eliès ont appris la triste nouvelle de l’avarie majeure subie par Kito de Pavant. Il ont aussi raconté les conditions de navigation dans les fameuses mers du Sud. Des mers que les bizuths Thomas Ruyant, Stéphane le Diraison et Fabrice Amedeo découvrent avec appétit…


Bref rappel des faits :
Ce mardi matin, le bateau de Kito de Pavant a violemment heurté un OFNI. Il naviguait alors à 16 nœuds. Le choc a lourdement endommagé la quille de Bastide Otio et engendré une importante voie d’eau, heureusement contenue au compartiment moteur. Face à l’urgence de la situation, Kito de Pavant n’a d’autre choix que d’être secouru. Le marin est actuellement dans le Nord des îles Crozet, dans des conditions difficiles de vent et de mer.
Le navire Marion-Dufresne, navire français chargé du ravitaillement des iles francaises des Terres Australes, s’est dérouté pour porter assistance à Kito de Pavant. Il devrait arriver sur zone en début de soirée.

Arnaud Boissières (La Mie Câline) :
« Je ne savais pas pour Kito, ça fout les boules… J’espère qu’il va bien. J’ai de la peine pour lui. Il voulait absolument finir ce Vendée Globe après avoir abandonné deux fois. Il méritait d’aller au bout. De mon côté, je navigue dans 20-25 nœuds de vent de travers. La mer est belle, assez ordonnée. Je fais des moyennes à 14-15 nœuds avec des accélérations à 20 nœuds. Je démarre le moteur de temps en temps pour chauffer l’intérieur car il commence à faire froid. C’est la troisième fois que je vais dans les mers du Sud. A chaque fois c’est différent. Tout est différent. Les manœuvres prennent plus de temps, ce n’est pas la même manière de naviguer. Je fais plus attention. J’essaye de bien décomposer la chronologie des manœuvres avant de les effectuer. »

Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) :
« Je suis très déçu pour Kito qui avait fait une belle course jusqu’à présent. Je serai rassuré quand il sera secouru. C’est une chance qu’il ne soit pas trop loin des Kerguelen. Les endroits où nous sommes craignent un peu… Les situations peuvent vite devenir dramatiques. L’Indien prélève sa quote-part à la flotte. C’est un océan difficile et méchant qui se montre à la hauteur de sa réputation. »

Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine) :

A propos des sensations à bord :
« C’est assez stressant de filer à 30 nœuds avec ces bateaux. Quand ça accélère de cette manière, il faut s’accrocher. C’est parfois impressionnant ! En ce moment, je suis entre 20 et 25 nœuds. Mais les conditions sont moins violentes avec une houle assez longue. Je vais dehors de temps en temps vérifier les réglages quand la force du vent varie. Dans ces conditions, on a assez peu de toile et c’est donc moins difficile à gérer. Il faut trouver le bon angle, le bon réglage de pilote pour que le bateau aille droit. »

A propos des mers du Sud :
« L’arrivée dans le Sud est conforme à mes attentes. Il y a de belles lumières, beaucoup d’oiseaux, c’est aussi ce que je recherchais en venant ici. Nous irons très vite dans l’océan Indien. Les mers du Sud sont conformes à mes attentes. Il n’y a pas beaucoup de pauses ou alors elles sont courtes. Normalement, on navigue avec une telle intensité durant quelques jours, on serre les fesses et ça passe. Mais là ça va durer ! Il y a un temps d’adaptation mais on finit par s’habituer à ces conditions. J’essaye de naviguer proprement sans trop forcer en glisse. Cela fonctionne bien jusqu’à présent. »

A propos de son avarie de GV :
« J’ai cassé quatre lattes dans la grand-voile il y a quelques jours. C’est un petit incident isolé que j’ai réglé. Cette casse n’est pas due à un excès de combativité mais à une petite bêtise à ne pas reproduire. »

Sa stratégie dans les jours à venir :
« Je suis parti pour un long bord bâbord amures avec le vent qui va se renforcer dans la journée ou en soirée. J’aurai une trajectoire bien différente des deux bateaux devant (Jean-Pierre Dick et Jean Le Cam, NDR). »

 

Stéphane le Diraison, Compagnie du Lit – Boulogne Billancourt :
« C’est rigolo après un mois de mer de naviguer à vue avec Nandor Fa. Nous avons souvent été au contact depuis le départ, il faut croire que nous avons des façons de naviguer assez similaires. Cela permet de discuter, de prendre des photos, c’est bon pour le moral. Le Sud ressemble à ce que je pensais, même si l’imaginaire ne remplacera jamais la réalité. Quand nous avons pointé les étraves au niveau des 40e, nous avons commencé à nous faire « assaisonner » par des dépressions plus virulentes, plus hargneuses, qui généraient des mers épouvantables, hachées. On ne m’avait pas menti, les albatros sont incroyables, ces grands oiseaux planeurs infatigables. C’est vraiment fantastique de faire la route avec eux. Dans les mers du Sud, la vie est particulière. Dès qu’on sort de la cabine, on met la tenue de combat. Enfiler toutes les couches prend dix minutes. La moindre manœuvre est fatigante dans ces conditions. Mais c’est un beau défi que je suis bien content de relever. »

Fabrice Amedeo, Newrest Matmut :
« Pour l’instant, le Sud ressemble à ce que j’avais imaginé : le gris, les albatros autour de moi. C’est assez magique. C’est vrai qu’on a été cueillis à froid à la fin de l’Atlantique Sud le week-end dernier. La mer était super formée, creusée et pentue. Je me suis dit « si c’est ça le Sud, ça promet ». C’est bien ça, mais pas seulement. Je suis bien à bord. Je suis intervenu sur un safran qui donnait des signes de faiblesse. J’ai posé une cale en carbone. Ce problème m’a un peu contrarié car il m’a fait perdre des milles. Le vent va rentrer et vais pouvoir me recaler pas trop loin derrière mes petits copains. Je reste dans le groupe. A part ça, il n’y a pas eu de bricolage, le bateau va super bien. J’ai une vision claire des jours à venir, je suis détendu, ça va vraiment bien à bord ! Je navigue calmement, je n’attaque pas, je n’ai pas envie de tirer sur le bateau. J’ai d’ailleurs suivi ce qui s’est passé pour Kito. Je suis triste pour l’homme et très inquiet pour le bateau. C’est un nouveau coup du sort. »

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais
(avec communication)

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