Yves Auvinet, Vincent Riou et Jacques Caraës. Photo: © Le Reporter sablais

Vendée Globe – Fracture entre skippers ?




Parallèlement à la grande course du Vendée Globe, des discussions verbales mais viriles entre skippers à propos des sélections pour le Vendée Globe se sont fait jour. On se souvient aussi de critiques émises avant le départ par un dirigeant sportif concernant des courses sélectives organisées à l’étranger.
Le Vendée Globe évolue, bien pour certains, trop vite pour d’autres. L’esprit n’y serait plus accusent certains observateurs, d’autres critiquent l’évolution technique et l’écart qui en découle entre les bateaux foilers et les autres. Pour certains skippers, la participation au Vendée Globe ne doit pas être ouverte à tous vents afin, notamment, d’assurer une sécurité suffisante. Dit autrement, certains concurrents sélectionnés n’ont pas le bagage technique nécessaire pour affronter l’Everest des mers, et les risques sont réels ce qui entraînerait l’obligation pour les skippers en course de partir à leur secours en cas de grave problème…
Ce qui est sûr, c’est que les règles du Vendée Globle sont au coeur du débat !

Les skippers ont une certaine noblesse de comportement et montrent le plus souvent une solidarité – celle des gens de mer – à toute épreuve. Mais ils restent des hommes et parfois s’emportent pour un rien… ou pour un principe qui leur paraît essentiel. La liberté de participer sans un esprit de compétition à outrance, dans le seul but de se dépasser, fait partie de ces principes essentiels qu’un certain nombre veulent défendre. Et ceux-ci donnent l’exemple d’Eric Bellion, avec son humanisme à fleur de peau qui, sans être un navigateur hors pair, a séduit le public (Lire: http://www.lereportersablais.com/vendee-globe-arrivee-deric-bellion-lhumanisme-a-fleur-de-peau/).
Sébastien Destremau, afin de défendre ce principe déclare: « Le Vendée Globe est une très belle course pour les vainqueurs. La bataille entre Armel (Le Cléac’h) et Alex (Thomson) a été fabuleuse. Mais le Vendée Globe ce n’est pas que ça, loin de là. L’accueil du public l’a prouvé aujourd’hui. Les gens n’attendent pas seulement de la compétition, ils veulent avant tout qu’on leur raconte des histoires. De mon côté, j’ai adoré la course de Conrad Colman et ce final sous gréement de fortune. »

Fabrice Amedeo, arrivé 11ème, avait été choqué par les propos de Jean le Cam qui critiquait les « skippers de derrière » , ces skippers qui ferment la route….
Fabrice Amedeo lui avait écrit en lui disant combien il avait été déçu, sa déception étant sans doute exacerbée par le fait que Jean le Cam ne lui avait jamais adressé la parole…
Extraits:  « (…) je tombe sur le compte rendu de l’une de tes dernières vacations de la course. Celle où tu dis qu’il y avait deux immenses champions devant toi et que derrière toi, c’était « du grand n’importe quoi », « je dirais même que l’on frôle le ridicule ».
Ma déception est à la hauteur de l’admiration que je te voue depuis toutes ces années. (…) J’ai vibré en 2008 et tremblé lorsque tu as été sauvé par Vincent. J’ai admiré en 2012 ton Vendée Globe sur un bateau d’ancienne génération. (…) Tu t’es égaré Jean. La magie du Vendée Globe est justement de permettre à des marins aux profils variés de venir affronter l’Everest de la course au large, de se dépasser et de partager la magie du large et de leur aventure avec les terriens. Je suis arrivé loin derrière toi mais j’ai souffert comme toi et me suis dépassé comme jamais. (…) Et, si les marins « ridicules » que nous sommes n’avaient pas été là, tu aurais donc terminé dernier du Vendée Globe… Est-ce cela ce que tu souhaites? Ton parcours, toutes ces années, a été magnifique mais sur ce coup là, tu as tristement raté ta sortie. Quelle tristesse de terminer ainsi ton histoire avec cette course. Heureusement, le Vendée Globe, les milliers de fans, et moi même retiendront le reste.Nous sommes issus d’horizons diamétralement opposés. Je n’ai pas fait mes classes à Port la Forêt, c’est sans doute un problème à tes yeux. Je viens de Paris.. Pourtant le Vendee Globe, c’est un peu comme notre société : composée de gens d’origines diverses et c’est ce qui en fait la richesse. (…) Nous nous croisons depuis des années. J’attends le jour où tu daigneras m’adresser la parole et me saluer. Tu verrais sans doute que « les gars de derrière » ont vécu eux aussi de belles choses, mérité leur arrivée et ont beaucoup à partager avec la terre. »

Jean le Cam avait alors répondu : « Je ne souhaite pas polémiquer. Cela n‘a pas d’intérêt. Je trouve ça dommage. Cette phrase est maladroite car elle a été mal perçue. Elle a été aussi sortie de son contexte. Loin de moi l’idée de penser que ce sont tous des nazes derrière. Ce n’est pas mon genre. Fabrice a fait son Vendée Globe. Tous les marins aussi ont fait leur course, à leur rythme, avec leur passé et leurs moyens. »

Sébastien Destremau n’a pas apprécié, lui non plus, les propos de Jean le Cam ni la position de Vincent Riou. Il le dit clairement dans cette vidéo issue de l’émission Stade 2 sur France 2. Les propos sont durs, très durs, à l’encontre du grand navigateur qu’est Vincent Riou, stigmatisant sa seule victoire (en 2004-05 sur PRB en 87 jours) et rappelant ses trois autres échecs. Ecoutons-le:
« Vincent Riou a fait quatre Vendée Globe. Il en a gagné un sur un malentendu, le malentendu s’appelait Michel Desjoyeaux. Les trois autres, il ne les a pas terminés. Il est largement temps que Vincent Riou pense à autre chose que le Vendée Globe. Jean Le Cam, je ne veux même pas en parler. Je ne le connais pas, je ne sais pas qui c’est, et je ne veux pas le connaître, ce Monsieur…. « 

 

Vidéo: voir à partir de 3mn

 

Vincent Riou a répondu aujourd’hui lundi 13 mars 2017, dans un courrier montrant qu’il cherche l’apaisement plutôt que la polémique:
«J’ai été apostrophé de manière virulente dimanche par Sébastien Destremau qui a terminé ce week end son Vendée Globe.
Nous pouvons tous avoir des avis différents et c’est souvent la capacité à les confronter qui permet de faire avancer les débats. C’est vrai dans de nombreux domaines et c’est aussi applicable dans notre sport qui ne cesse de se développer.
J’ai livré un avis récemment sur la manière dont les règles du Vendée Globe pourraient évoluer. Ma réflexion n’avait pour seul but que de maintenir un niveau de sécurité suffisant pour tous les marins qui prendront à l’avenir le départ de cette course unique et extrême. On peut estimer que j’ai tort ou raison. Mais en aucun cas, en exprimant cet avis, je n’ai remis en cause le profond respect que j’ai pour tous les marins ayant pris un jour le départ du Vendée Globe.
J’ai eu l’immense bonheur de gagner ce Tour du Monde et j’ai aussi connu des abandons sur ce même parcours. Lors de cette course, j’ai également dû venir en secours à l’un des concurrents. Toutes ces expériences me permettent de mesurer pleinement ce que représente de boucler cette boucle (…) L’aventure que vient de réaliser Sébastien Destremau est désormais inscrite dans l’histoire de la course et dans le cœur du grand public (…) Passer 124 jours seul en mer nécessite d’aller puiser loin dans ses propres ressources. Je préfère penser que les propos de Sébastien à mon encontre sont la conséquence de cette fatigue. Et j’espère sincèrement qu’il pourra, comme il le souhaite, être au départ de la prochaine édition
».

Très bientôt, les évolutions – possibles ou non – concernant le Vendée Globe seront étudiées tant au sein du comité Imoca que dans les bureaux feutrés du Conseil départemental de Vendée. Chacun pourra défendre ses principes. Le Vendée Globe n’est pas une course comme une autre mais il y a peu de chances au regard des informations qui nous sont parvenues qu’il soit transformé en une course où la compétition serait prépondérante. L’aventure et la notion du dépassement de soi resteront essentiels, c’est d’ailleurs ce que réclame et applaudit le public. Parallèlement, les contraintes sécuritaires et l’impossibilité de gérer correctement plus de 30 skippers viendront, de fait, assurer la limitation nécessaire.
Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais




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