Les Sables-d’Olonne. VENDÉE ARCTIQUE : les frissons du départ puis le cap sur le grand Nord

VENDÉE ARCTIQUE : les frissons du départ puis le cap sur le grand Nord
Après l’émotion du chenal et une première journée marquée par les pièges du littoral vendéen, les neuf skippers de la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne ont retrouvé la haute mer. Désormais lancée vers l’Irlande et le cercle polaire arctique, la flotte s’apprête à affronter ses premières conditions engagées avec un front attendu et une mer en forte construction.
L’émotion du départ avant le retour à la réalité de la course
Quelques heures seulement après avoir quitté les Sables d’Olonne, les souvenirs du Vendée Globe étaient encore très présents à bord des IMOCA. Le passage dans le chenal, sous les encouragements du public, a laissé une empreinte forte chez plusieurs skippers avant que la concentration ne reprenne le dessus.
Pour Violette Dorange (Initiatives-Cœur), l’émotion a été particulièrement intense :
« Repasser dans le chenal et revoir autant de monde m’a ramenée au Vendée Globe. C’était hyper émouvant. J’ai quasiment pleuré tout du long. »
Même ressenti pour Francesca Clapcich (11th Hour Racing) :
« Sortir du chenal reste toujours un moment magique. Je l’avais déjà vécu en Figaro lors d’une édition de la Solo Maître CoQ, mais le revivre à bord d’un IMOCA donne forcément des frissons. Cela permet aussi d’imaginer ce que représente un départ de Vendée Globe. »
Mais cette parenthèse n’aura duré que quelques milles. Très rapidement, les marins ont dû replonger dans la réalité de la compétition et des choix stratégiques.
Une première journée de course transformée en partie d’échecs
Dès la sortie de la baie des Sables d’Olonne, les neuf concurrents se sont retrouvés confrontés à un vent instable, des zones de dévent et plusieurs options tactiques autour de l’île d’Yeu.
Les trajectoires ont rapidement divergé. Manu Cousin et Arnaud Boissières ont privilégié une route à l’ouest tandis qu’Ambrogio Beccaria passait à l’est des éoliennes. Les autres concurrents ont choisi des trajectoires intermédiaires.
Résultat : une succession de virements de bord, de changements de réglages et de manœuvres exigeantes physiquement.
« On a bien tricoté. Il s’est passé énormément de choses. On a finalement fait beaucoup de manœuvres. Même sans vent, c’était assez sportif », explique Violette Dorange.
La jeune skipper détaille également l’intensité de cette première phase de course :
« Cette première partie de course a demandé beaucoup d’énergie. Entre les manœuvres et les virements sous J0, il a fallu rouler, dérouler et régler en permanence. Ce sont des manœuvres assez physiques. L’enjeu est maintenant de réussir à récupérer un peu avant le renforcement du vent et le passage du front, tout en préparant le bateau pour la suite. Une fois que les conditions se durcissent, il devient toujours plus compliqué d’intervenir sur le pont. »
Des choix différents mais des écarts finalement réduits
Si les options se sont multipliées durant les premières heures, les écarts se sont progressivement résorbés.
Arnaud Boissières (APRIL Marine – recherche co-partenaires) avait fait de l’option ouest sa priorité dès le départ :
« Cette première nuit s’est plutôt bien passée. On a enchaîné quelques manœuvres, comme prévu. Le départ s’est fait dans un peu d’air, ce qui était plutôt une bonne chose. En revanche, juste après le coup d’envoi, je me suis retrouvé un peu arrêté. J’avais peut-être une algue dans la quille. J’ai réussi à m’en débarrasser dans une molle et ensuite c’est reparti. Depuis le début, je voulais privilégier l’ouest. C’était l’option qui me semblait la plus logique. J’étais d’ailleurs un peu surpris de voir les autres réussir à avancer aussi vite de l’autre côté au début. Finalement, les écarts se sont réduits et tout le monde s’est retrouvé à peu près au même endroit, comme si un nouveau départ était donné. Le moral est bon. La priorité, c’est d’abord de négocier correctement cette remontée vers la Bretagne et le passage du front à venir. Il faut surtout rester concentré sur ce qui arrive immédiatement devant nous. »
Même constat du côté de Francesca Clapcich, qui analyse avec lucidité ses premiers choix :
« Le départ ne s’est pas trop mal passé. J’étais un peu en retard sur la ligne, mais au moins la vitesse était bonne dès le coup d’envoi, donc c’était plutôt positif. Après le départ, je pensais qu’il y avait encore un peu plus de vent près de la côte. J’ai fait quelques petites erreurs par-ci par-là, mais la course est encore très longue. J’attends maintenant une légère rotation du vent vers la gauche pour virer de bord et me positionner correctement à l’approche du front. Ce sera probablement le principal enjeu dans les prochaines heures. Le vent va progressivement se renforcer, puis nous allons entrer dans le front où les conditions devraient être nettement plus soutenues. Ensuite, cela devrait être une navigation rapide en direction de l’Irlande. De mon côté, j’essaie surtout de prendre mon rythme à bord. J’ai mangé, fait quelques petites siestes et j’espère pouvoir dormir un peu plus lorsque nous serons sur bâbord amures. »
La flotte accélère avant un premier passage engagé
Au cours de la nuit, les trajectoires ont convergé et un virement collectif vers la Bretagne a marqué la fin de cette longue phase d’observation.
Avec un flux de sud-ouest désormais établi entre 17 et 18 nœuds, les IMOCA ont retrouvé de la vitesse. La flotte a commencé à s’étirer avec Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) et Corentin Horeau (MACSF) aux avant-postes.
Le leader de la course Sam Goodchild se prépare déjà à une séquence particulièrement exigeante :
« On est au près entre 15 et 18 nœuds de vent. La mer commence à monter sûrement et durement. Les prochaines 24 heures seront parmi les plus dures de la course. Je me prépare pour ça, une manœuvre à venir pour changer de bord et après ce sera une course de vitesse. Il fait beau mais on n’en profite pas beaucoup ! À bord tout va bien, j’ai réussi à dormir 4 heures au total, je suis content d’avoir pu me reposer pour attaquer les prochaines 24 heures. Ce n’est plus du tout la même ambiance qu’au départ, on est face à la mer, le bateau tape bien. Mais on est préparé à ça ! Par contre, c’est vrai que si je peux distancer Corentin (Horeau), ça m’arrangerait bien ! »
Son poursuivant direct, Corentin Horeau, s’attend lui aussi à une montée en puissance rapide des conditions :
« Oui, c’était un bon départ. J’ai réussi un peu à m’échapper au début, c’était bien cool. Ensuite, on a tricoté le long de l’île d’Yeu et ensuite passé au près. On est dans des allures où Sam (Goodchild) s’est un peu échappé et on essaie tous de cravacher pour le retrouver. La nuit a été plutôt sympa et assez sportive avec une vitesse moyenne comprise entre 22 et 26 nœuds de vitesse et une pointe à 27 nœuds. Ce matin, on s’est mis en tribord, il y a un peu moins de vent que prévu et le ciel se dégage. L’enjeu, c’est de savoir quand on va virer pour mettre le cap vers l’Irlande. La deuxième nuit s’annonce encore plus corsée avec 3 à 3,5 mètres de mer et 25 à 30 nœuds. Mais c’est une bonne mise en jambe, on sait qu’on va apprendre plein de choses ! »
Premiers incidents, premières difficultés
Cette première nuit a également rappelé que la moindre avarie peut rapidement coûter cher.
Manu Cousin (Coup de Pouce) a dû composer avec un problème technique dès les premières heures :
« Je suis super content de mon départ. Ce n’est pas vraiment mon fort donc j’avais encore plus envie d’être sur la ligne. Là, j’étais à quelques mètres seulement d’Élodie (Bonafous), c’était génial ! Ensuite, j’ai vu qu’il y avait des routages qui passaient à l’intérieur de l’île d’Yeu mais je n’avais pas envie de suivre cette voie-là. Ça nous a plutôt donné raison avec Arnaud Boissières parce qu’on est ressorti dans le match avec les autres. Cette nuit, j’ai eu des soucis de hook de grand-voile, j’ai dû descendre la grand-voile, bricoler et j’ai perdu 2 à 3 heures. C’est forcément frustrant : tout fonctionne avant le départ et là tu dois faire face à ça dès la première nuit. Mais j’ai trouvé une astuce pour réparer, c’est une galère sur le moment mais je n’ai pas d’inquiétude pour la suite ! »
Pour Nico d’Estais (Café Joyeux), la difficulté est autant physique que météorologique :
« On a passé le front juste là et c’était assez soudain et assez violent. Le grain était actif, assez violent et en cinq minutes il faut bouger les voiles, le matériel, matosser à l’intérieur. Ce n’est pas le plus agréable là : on est face à la mer, il y a beaucoup de vent, ça tape… Depuis le départ, on n’a pas chômé : il y a eu pas mal de transitions, de changements de voile, de virements. Au début c’était sympa, là c’est devenu moins sympa et jusqu’à l’Irlande ça ne va pas être hyper sympa ! Là, on va se diriger vers l’ouest, traverser la mer Celtique jusqu’à la pointe sud-ouest de l’Irlande. Mercredi midi, la mer va se calmer et ce sera de nouveau agréable. Mais là, ce n’est pas facile. Il y a eu beaucoup de transitions, de manœuvres et j’ai le mal de mer. Je suis super content d’être là mais je suis dans le dur ! »
Direction l’Irlande avant les premières saveurs du Grand Nord
Après le casse-tête tactique des premières heures, les skippers entrent désormais dans une phase plus rapide mais potentiellement plus éprouvante. Un premier front est attendu dans la journée avec des vents soutenus et une mer pouvant atteindre 4 à 4,5 mètres.
La flotte met désormais le cap vers l’Irlande avant de poursuivre sa remontée vers le cercle polaire arctique, objectif de cette édition 2026 de la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne.









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