Tableau de Napoléon III, copie de Winterhalter, présent dans les collections des Sables d'Olonne

L’étonnante histoire du tableau sablais représentant Napoléon III




Un tableau de Napoléon III a été reçu en « don » en octobre 1869 par la Ville des Sables d’Olonne. Ce don fut effectué à la demande de la Ville qui, semble-t-il, souhaitait aussi le tableau de l’impératrice Eugènie. Mais seul celui de Napoléon III a été reçu, à moins que celui de l’Impératrice ait disparu? Le portrait de Napoléon III, présent dans les collections sablaises, est donc une des nombreuses copies d’un des deux tableaux de l’Empereur et de l’Impératrice réalisés par Franz-Xaver Winterhalter et dont les originaux ont disparus.

C’est d’ailleurs grâce à ces nombreuses copies que ces deux portraits sont passés à la postérité. Franz-Xaver Winterhalter** les avaient présentés à l’Exposition internationale d’art de l’Exposition universelle de 1855; celui d’Eugènie servait de pendant à celui de l’Empereur. Après avoir été le portraitiste préféré de la famille royale sous la Monarchie de Juillet, Winterhalter quitta la France en 1848 puis y revint en 1853 car il fut invité à peindre le portrait de l’impératrice Eugénie, puis celui de l’empereur qu’il réalisa la même année. Présents au Palais des Tuileries, les deux oeuvres ont disparu pendant la Commune en 1871 durant laquelle le Palais fut saccagé et incendié.
Le portrait officiel de l’empereur était en pied et le représentait avec tous les symboles du pouvoir impérial avec en arrière-plan le Palais des Tuileries. Napoléon III arbore le grand collier de la Légion d’Honneur avec l’écharpe de moire rouge. Il porte un lourd manteau doublé d’hermine et tient un sceptre doté de la main de la justice. Des symboles forts pour donner une légitimité à son pouvoir malgré le fameux coup d’Etat…
Quant aux nombreuses copies, elles étaient soient en pied, conformes à l’original et à la taille habituelle, soit à mi-corps avec une vue plus serrée. La copie présente aux Sables d’Olonne (voir photo ci-dessous) correspond au portrait à mi-corps.

Des tableaux d’apparat
Très réussie et ayant particulièrement plu à l’Empereur, l’oeuvre fut fréquemment recopiée et diffusée abondamment dans les Préfectures, mairies, ambassades et autres institutions afin, le plus souvent de servir de portraits officiels, mais sans obligation légale d’affichage. Entre 1855 et 1870, ce sont ainsi 540 portraits de Napoléon III et 400 de celui d’Eugènie qui auraient été réalisés d’après les originaux de Winterhalter. En général, il s’agissait d’une commande payante réalisée par divers copieurs, et dont le prix de l’époque était de 1 200 francs pour une version en pied (environ 250 x 150 cm) contre 600 francs pour la version à mi-corps (environ 140 x 100 cm), précisent les sources.

Présentation devant le Conseil municipal
Le tableau à mi-corps de Napoléon III fut reçu comme « don » par la Ville des Sables d’Olonne en octobre 1869 et la présentation officielle en fut faite devant le Conseil municipal le 3 octobre 1869 (Sources: Anton Lavigne, archives municipales des Sables d’Olonne). Il fut accroché dans la salle du Conseil pour faire office de portrait officiel. Mais peu de temps après, c’est la défaite de Sedan et la chute du régime. On imagine bien que le portrait de l’Empereur, empreint d’idéologie politique, fut alors vite décroché… Disparu, il fut retrouvé par Anton Lavigne, vers 2001-02, dans les archives de la société historique sablaise « Olona« , sous forme de rouleau après que la toile ait été découpée. Ayant lu la délibération du Conseil municipal de 1869, Anton Lavigne fait le rapprochement avec la toile découpée et, à l’occasion du projet de commémoration des 150 ans du train et d’inauguration de la Place Napoléon III, il fait restaurer et encadrer la toile en septembre 2015 après proposition acceptée par le Conseil municipal. La toile fut restaurée par le vendéen Sébastien Rallet, à Venansault*

Des dons qui ne sont que des dépôts
Il y a une dizaine de jours, la municipalité des Sables d’Olonne a reçu un courrier des services ministériels culturels à propos de deux tableaux référencés comme « don précieux » et susceptibles de faire l’objet d’un dépôt de plainte s’ils ont disparu. En l’occurence, ils pourraient donc s’agir pour ces deux tableaux de celui de Napoléon III, désormais restauré, et pour le deuxième peut-être celui de l’Impératrice Eugènie, apparemment non inventorié et aux abonnés absents…
Sur « l’abus de langage » relatif aux « dons » , voici ce qu’écrit Virginie Inguenaud, Responsable des collections historiques (1791-1870) au Centre national des arts plastiques : « Parfois, en bas du cadre, figure encore le cartouche d’origine qui indique « don de l’Empereur ». Souvent pris abusivement comme synonyme de cadeau, le terme « don » n’évoque pas ici un quelconque transfert de propriété, mais doit être compris dans son acception de « dépôt », car l’œuvre continue d’appartenir à l’État » .
Contrairement à ce que l’on aurait pu espérer, le tableau de Napoléon III ne serait donc pas la propriété de la Ville des Sables d’Olonne mais celle de l’Etat, ce qui expliquerait qu’il serait assuré dans les Collections nationales pour la valeur de 55.000€.
Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

* Sébastien Rallet: rallet.sebastien@neuf.fr  Tél. 06 84 77 70 31
**Winterhalter: Né en Allemagne dans le grand Duché de Bade en 1805, F.-X. Winterhalter avait exposé pour la première fois à Paris au Salon de 1835. Très vite remarqué par la haute société parisienne, il attira également l’attention de la famille d’Orléans qui lui commanda de nombreux portraits. Mais c’est le Second Empire (1852-1870) qui vit la consécration de l’artiste.

 

 



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2 plusieurs commentaires

  1. Que tous les Napoléon d ‘ aujourd’hui se présentent pour honorer leur homonyme …
    Pourquoi pas ?
    Et qu ‘ ils se rassemblent : rue Napoléon puis place Napoléon III .
    Qui répond présent ?

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