Hervé Retureau sur la Belle Poule

Vendée Les Sables d’Olonne – Hervé Retureau passeur de la mémoire des marins chaumois et sablais




Vendée Les Sables d’Olonne – Hervé Retureau passeur de la mémoire des marins chaumois et sablais

 

Hervé Retureau vient de sortir un formidable ouvrage sur le thème de la vie maritime aux Sables d’Olonne. Il a déjà été l’auteur de plusieurs ouvrages édités, mais ce livre-ci a un charme particulier. Il est très complet et apporte un grand nombre d’explications au travers de légendes détaillées. Ce qui en fait un document historique mais aussi documentaire tout à fait remarquable. 
On y découvre la vie des marins entre 1900 et 1940 et à travers eux la vie quotidienne à La Chaume et aux Sables d’Olonne.
Hervé Retureau est président de la société historique Olona, et professeur d’histoire-géographie au sein du CFA Ifacom de La Ferrière. Il est Lauréat de l’Académie de Marine 2006 pour son livre «Sablais, marins du globe de Terre-Neuve à la Terre Adélie.»

La récente sortie de son ouvrage «Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne – Gens de Mer 1900-1940» ainsi que ses connaissances sur la vie sablaise font qu’il nous est apparu intéressant, bien qu’il soit très connu, d’en savoir un peu plus sur Hervé Retureau, sur sa vie et ses projets. 
Et de le questionner sur quelques anecdotes contenues dans son ouvrage! Il a bien voulu accepter de répondre à nos questions.
© Photos: Hervé Retureau et Olona.

Interview exclusive d’Hervé Retureau

par Le Reporter sablais


Le Reporter sablais: Tu es né en 1974 et tu as grandi à La Chaume mais tu es né dans quel établissement médical?

Hervé Retureau: Aux Sables d’Olonne, il y avait alors un hôpital et une clinique, et je suis né dans cette dernière, la clinique Notre-Dame, qui était située Place du Poilu de France, d’un père chaumois et d’une mère sablaise.
J’ai grandi à La Chaume où j’ai passé toute mon enfance et mon adolescence jusqu’à ce que j’aille faire mes études.

LRS: Tu habites à Nieul-le-Dolent à 28 km des Sables d’Olonne. Fais-tu partie des fameux Sablais obligés d’aller vivre en rétro-littoral car les logements sur le littoral sont devenus trop chers?
HR: Non, je ne suis pas dans le même cas de figure.
Mes attaches familiales et sentimentales, et associatives tournent en général autour des Sables d’Olonne, mais ma vie professionnelle se situe plutôt vers La Roche-sur-Yon et à La Ferrière puisque j’enseigne à l’Ifacom. Ma femme travaillant auparavant à La Roche-sur-Yon, nous avions donc choisi une commune qui était à mi-chemin entre notre travail et notre famille, Nieul-le-Dolent. Certes, j’ai quitté Les Sables d’Olonne pour des raisons professionnelles mais j’ai quand même de la chance car je ne suis pas très loin en comparaison de beaucoup d’autres sablais.

LRS: Peux-tu nous préciser ce qu’est l’Ifacom?

HR: C’est un institut de Formation aux métiers du commerce, un Centre de Formation d’Apprentis (CFA) où l’on forme des élèves du CAP à la Licence, donc sur 7 niveaux d’études, uniquement dans les métiers du commerce, avec Bac Pro Commerce, BTS Management des Unités commerciales (MUC), BTS Négociation et Relation Client (NRC) et Licence Pro.

LRS: Rien à voir avec l’histoire – tu avais fait une maîtrise d’histoire à Nantes – mais là on est plongé dans le commerce…
HR: Ces élèves ont quand même de l’histoire-géographie au programme, une matière que je leur enseigne en tant que professeur d’histoire-géographie au sein de cette école.
Par contre, comme tout formateur dans cet établissement, on est obligé d’effectuer un suivi des élèves y compris en entreprise. On a donc un contact avec l’entreprise, avec le milieu professionnel, et on participe à la correction du dossier professionnel des élèves. On touche ainsi différents domaines, ce qui est intéressant, avec d’autres perspectives que l’histoire pure…

LRS: Tu as fait une Maîtrise d’histoire à Nantes. Quel était le titre de ta thèse? Quelle mention as-tu eue?

HR: «Les Gens de mer du Pays olonnais au 18ème siècle, étude d’une population maritime». J’ai eu une mention «Très bien» avec une note de 16 sur 20. Mon directeur de thèse était M. Bossis et il y avait M. Saupin, le professeur d’histoire moderne de Nantes. C’était en 1996.
Je leur avais proposé ce sujet car j’avais démarré très jeune des recherches généalogiques sur les familles de marins et j’avais constaté que les archives de Rochefort comportaient des registres matricules qui n’avaient jamais été étudiés. A cette époque il y avait finalement très peu de recherches sur les gens de mer. Cette recherche me paraîssait d’autant plus intéressante que Les Sables d’Olonne avait été un grand port de pêche.
 C’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier et ce qui m’a conforté dans mon intérêt pour les gens de mer.

LRS: Le contenu de cette Thèse a-t-il été publié?

HR: Non, pas tel quel mais par contre ça m’a servi pour les publications qui furent éditées ensuite, notamment pour le livre «Les Olonnais et la Mer: une population maritime face à l’Océan» (Editions L’Etrave – 2000)

LRS: Revenons à ton adolescence aux Sables d’Olonne. Tu écris beaucoup sur l’histoire maritime et les marins. Mais toi-même, as-tu fait beaucoup de voile, as-tu suivi des cours de voile à Tanchet ou à la base nautique?

HR: En effet, je parle beaucoup voire uniquement des marins, des gens de mer et des métiers de la mer car c’est ma fibre historique et mon axe de recherches, mais je suis en fait un piètre marin!

Hervé Retureau sur la Belle Poule

LRS: Et le cacherais-tu par hasard (rires)?

HR: Non, je ne le cache pas car tous les gens qui me connaissent le savent! Malgré ce sel qui coule dans mes veines, (et qui coule) depuis des générations, je n’aurais pas fait un bon marin, enfin je ne pense pas. Déjà j’ai le mal de mer!
J’ai passé un très mauvais Vendée Globe en 2012 en allant sur des bateaux au départ.
Même les marins de métier peuvent l’avoir, ce mal de mer…
J’ai suivi des cours d’Optimist à Tanchet à l’époque, du temps où j’étais au Collège du Centre et où on allait au Printemps s’essayer à la navigation dans le cadre scolaire, c’était très sympa. 
Mais je n’ai pas poursuivi, je suis sorti en mer avec des copains qui avaient des bateaux mais c’est tout.
J’ai quand même navigué durant trois jours sur la Belle Poule, une goélette navire école de la Marine nationale. J’étais à l’époque à Rochefort pour mon service militaire, dans la marine à terre, comme chauffeur du Commandant…Il m’avait entendu à Rochefort faire une conférence sur mon ancêtre Philippe Thesson, et il m’a donc appuyé pour que je puisse monter sur la Belle Poule.
J’ai donc eu ce privilège car c’était normalement réservé aux élèves de l’Ecole navale. J’ai d’ailleurs été malade, c’était en plein mois de mars, et trois jours ce fut bien suffisant…..
Mais j’ai eu le privilège de participer aux manoeuvres, aux levées, aux quarts; chaque marin présent pilote aussi un peu le navire. Un beau souvenir.

Hervé Retureau durant son service à Rochefort

LRS: Essaierais-tu de nous faire croire que tu as une grande expérience dans la marine (rires)!??

HR: Non, non! Mais un (vrai) marin m’a dit un jour: «Tu n’es peut-être pas un marin de métier mais tu es notre porte-parole. Et c’est important, a-t-il dit, car nous on n’est pas capable de parler de nous ou d’écrire sur nous.» Chacun ses compétences.

LRS: Tu as un ancêtre connu, Philippe Thesson matelot sur l’Astrolabe de Dumont d’Urville. Tu as d’ailleurs écrit un livre sur le sujet. Mais les membres de ta famille étaient-ils marins et ton père l’était-il?
HR: Ils étaient marins du côté de ma grand-mère paternelle qui est chaumoise – elle vit toujours -, mais ni mon père ni mon grand-père n’étaient marins; mon père n’a jamais navigué.
Cependant, il travaillait avec le monde maritime puisqu’il était directeur de la Glacière à la Cabaude et livrait donc de la glace à la coopérative maritime pour les bateaux.


LRS: La glacière qui a failli disparaître sur les quais de la Cabaude?

HR: Oui, et je connais donc bien cette Glacière puisque mon père y travaillant, on y allait très souvent. J’ai des souvenirs précis de tous ces bateaux, ces couleurs, ces marins que j’entendais parler, qui connaissaient mon père. J’étais petit, mais j’observais tout ça et quelque part ça a sans doute éveillé ma curiosité.

Revue Olona – Les Sables d’Olonne

LRS: Dans tes activités parallèles, tu es le Président d’Olona, la société historique locale. Depuis quelle année l’es-tu?

HR: Depuis décembre 2001. Et mon premier numéro d’Olona date de mars 2002. C’était le n°179. Nous sommes aujourd’hui au 240ème numéro. L’équipe actuelle a donc sorti 60 numéros!

LRS: Es-tu satisfait en général des réalisations d’Olona ou te sens-tu un peu frustré, par exemple par manque de moyens financiers empêchant de lancer des opérations d’envergure?

HR: On se satisfait de ce que l’on fait car c’est un gros travail de fond. Déjà avec les 4 numéros annuels d’Olona, chaque numéro comportant 40 pages. 
Il faut trouver des articles, des auteurs, des chercheurs, et essayer de diversifier les contenus, ce qui n’est pas toujours si évident. Le nombre d’adhérents étant important – 550 adhérents – il est nécessaire de se renouveler mais aussi de satisfaire un éventail de lecteurs diversifiés.
certains numéros marchent très bien, d’autres moins: sortir des revues sur l’histoire locale n’est pas toujours évident car faut faire des choix et il faut tenir compte des enjeux économiques. 
On ne roule pas sur l’or, car l’on ne vit presque que des cotisations des adhérents.

LRS: Présent à l’AG, j’ai pu constater que les subventions étaient très faibles, notamment au regard de votre apport historique pour les communes et collectivités. 

HR: Oui, les subventions sont assez faibles. Chaque revue coûte en moyenne 2000 euros – juste pour l’impression – sans compter les frais annexes et heureusement que nous sommes bénévoles. 
On nous fait le reproche que la revue est un peu vieillotte en raison de la maquette. Mais, on fait avec nos moyens. Pour améliorer la maquette et la mise en page, il faudrait des logiciels plus performants et on n’a pas les moyens de les acquérir. Si un mécéne ou une collectivité veut nous aider à les acquérir ou les mettre à notre disposition…

LRS: On va passer le message…!
Mais en dehors de la revue, n’y a-t-il pas un projet que tu aimerais lancer?
HR: Nous avons organisé des colloques, des expositions. Mais parfois c’est compliqué pour faire venir du public et intéresser les gens. Pour preuve on a dû annuler le dernier colloque prévu en février 2017 pour manque d’inscrits. C’est dommage des pointures étaient prévues comme intervenants.

LRS: Pourtant vous avez beaucoup de monde lors des AG d’Olona.

HR: Oui, nous avons beaucoup de monde lors des AG. Alors pourquoi les gens ne se sont pas inscrits à ce colloque?? C’était les vacances de février, étaient-ils absents? Où y avait-il plusieurs événements à la même date?

LRS: Quels sont les projets à Olona?

HR: J’essaie d’être un président d’ouverture, d’aller vers les autres associations, et d’élargir le contexte sablo-sablais, ce qui n’a pas toujours été facile.
 J’ai la chance d’avoir une équipe qui est quasiment la même depuis le début, avec des gens compétents, des archivistes, des historiens, des gens discrets mais efficaces. 
C’est une association, avec une permanence, chacun apporte sa pierre.
Si un jour se réalise ce fameux «Centre de la Mer – Cité de l’aventure maritime» , on peut imaginer que les associations qui tournent autour de la mer, dont Olona, seront intégrées au projet.
On a une bibliothèque et des archives qui malheureusement ne sont pas suffisamment exploitées alors qu’elles pourraient être mises à contribution pour des recherches historiques. Peut-être qu’un jour dans un contexte plus élargi cela pourra se faire.

Les Aventuriers de l’Océan

LRS: Le Musée de la Mer, c’est pour bientôt?

HR: C’était un des objectifs d’Olona lors de sa création en 1924, et dès 1928, Olona avait milité pour la création d’un Musée de la Mer aux Sables d’Olonne. On a repris l’idée avec d’autres personnes, on espère que ça pourra aboutir bientôt!
On n’a jamais été aussi près du but, on n’a jamais autant avancé dans l’idée car il faut se rappeler que ça a quand même végété depuis longtemps. Je me souviens en 2008 on avait relancer l’idée avec Constant Friconneau, Roger Hériaud et Michel Brossard. Ça fait déjà 10 ans, avec beaucoup de méandres! 
Ça a redémarré en 2014 après les élections municipales, avec aussi l’exposition Les Aventuriers de l’Océan en 2017. Il y a eu des choses concrètes de réalisées avec un comité, un Fonds de dotation, des entreprises locales qui s’intéressent au sujet. Et sur le plan touristique, c’est une offre culturelle, patrimoniale. C’est un beau projet aussi pour l’Agglomération. 
Je ne perds pas espoir car depuis trois ans on a fait un bon bout de chemin, ça va se concrétiser. Et l’Agglomération m’a aussi recruté pour préparer ma thèse sur Les Gens de mer, il y a donc une certaine logique entre tous ces projets.

LRS: Le lieu de l’ex-sous-Préfecture est-il adapté pour ce futur Musée de la Mer?

HR: L’endroit est idoine avec la vue sur le port, le Prieuré St-Nicolas, la Tour d’Arundel, le quartier historique de La Chaume, l’emplacement des anciennes conserveries. Près de l’emplacement de la Villa Chailley qui était la maison du propriétaire Tertrais, il y a une symbolique, et il y aurait une certaine cohérence à cette implantation au coeur du quartier historique sur les quais de La Chaume.
Dans le Parc on peut imaginer des jeux rappelant la navigation et la mer, avec des voiles; dans le bâtiment moderne réaliser une boutique et cafétéria pour assurer la vie et l’ambiance; et dans la Villa, on peut imaginer le musée avec une bibliothèque et les archives.
Un deuxième lieu est potentiellement possible près de l’esplanade du Vendée Globe sur des terrains appartenant à la Communauté d’Agglomération, mais il n’y aurait pas alors la vue sur la mer ce qui serait dommage. Enfin, à Paris, le Musée de la Marine n’a pas vue sur la mer….!

LRS: Parlons un peu de toi. Y a-t-il un sujet un domaine qui te passionne mais qui ne relève pas du monde marin et maritime et que l’on ne connaît pas ? L’astrologie, les sciences, le sport ?

HR: A bien y réfléchir, à part ma famille dont mes trois enfants, et maintenant la préparation de ma thèse, je reste ancré dans le monde maritime. A une époque j’ai fait du folklore en faisant partie du Nouch, mais cela reste dans le milieu sablais et patrimonial, dans la transmission, dans l’histoire locale. Je ne suis pas sportif, mais je fais des voyages, j’aime bien partir pour me dépayser.

Hervé Retureau en Andalousie

LRS: Quand tu pars en vacances, tu vas à l’étranger ou tu visites des villes françaises qui ont elles-aussi une histoire maritime? Ou changes-tu carrément de milieu? 

HR: Il y a une ville maritime que j’aime bien, c’est St-Malo. En vacances, on aime bien partir en famille, sur la Costa Brava, en Espagne, pour avoir du soleil. On a quand même du mal à partir loin de la mer. On n’a pas encore fait le Portugal. J’ai eu la chance d’aller avec mes élèves quatre fois en Andalousie, donc je connais bien les belles villes que sont Cordoue, Séville ou Grenade. C’est vraiment l’Espagne qui me plaît le plus et puis j’aime bien cette culture arabo-andalouse.

LRS: Le dernier livre que tu as lu ou que tu lis?

HR: Je lis surtout des romans, l’été, en vacances. L’été dernier j’avais lu un livre de Christian Signol*. Les romans que je lis comportent souvent une composante historique. J’aime bien aussi les romans de l’Ecole de Brive dont le sujet porte sur la campagne (NDLR: L’Ecole de Brive est le nom donné à un courant contemporain du roman de terroir, avec l’évocation du monde agricole, l’univers de la ruralité). On reste dans le terroir, dans le local. Mais je lis aussi beaucoup de livres sur le monde maritime…

(*Christian Signol est notamment connu pour sa trilogie La Rivière Espérance. Né dans le Quercy, il vit une enfance heureuse dominée par la présence féminine de sa mère et de sa grand-mère, bercée par la lumière des collines, les parfums de la campagne et les mystères sauvages de la nature.
Après des études de lettres et de droit (1965-1970), Christian Signol s’installe à Brive-la-Gaillarde où il a été recruté comme rédacteur administratif à la mairie. 
Il commence sa carrière d’écrivain en 1984 avec le premier tome du roman Les Cailloux bleus, qui remporte un grand succès. Il écrit aussi pour la presse: il a longtemps tenu une chronique hebdomadaire dans Le Populaire du Centre, quotidien régional limousin. En 1990, il publie la trilogie romanesque La Rivière Espérance et devient l’un des auteurs français les plus lus. La trilogie sera adaptée pour la télévision en 1995 et diffusée sur France 2 en neuf épisodes. Le succès sera immense.)

Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne

 

«Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne – Gens de Mer 1900-40»


LRS: Pourquoi as-tu choisi cette période 1900-40 et as-tu prévu une suite pour les autres périodes? (NDLR: Les Sables d’Olonne 1950 a déjà été édité).)
HR: Celui-là, c’est vraiment un livre spécifique, à la fois sur une période particulière, sur une population et aussi sur un métier puisque j’ai choisi de parler uniquement des gens de mer et des activités maritimes. C’est pour ça que le titre est «Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne – Gens de Mer 1900-1940.» .
J’ai choisi cette période d’avant-guerre puisque j’avais déjà sorti un livre sur les années 50. D’autre part, je voulais vraiment axer le contenu sur la voile, la marine à voile et les conditions de vie à cette époque. Ce sont ces éléments qui ont déterminé mon choix.

LRS: C’était conforme à ton plan de départ?

HR: Non, la genèse du livre reposait sur le souhait de faire un livre sur l’ensemble des sujets concernés par Les Sables d’Olonne, sur cette même période. Mais j’ai dû me rendre rapidement à l’évidence! Devant le flot d’informations, de photos, de cartes postales, d’archives dont je disposais, ce n’était plus un livre qui pouvait être écrit mais plusieurs! Par thèmes, par exemple la vie du Remblai, le Centre Ville, les fêtes, la plage l’été, les Sablaises, les costumes etc…
Je me suis donc recentré sur la vie maritime et les personnages, les gens de mer.


LRS: Demain, tu pourrais alors faire une suite sur les autres thèmes des Sables d’Olonne?

HR: Pas demain, car je prépare une thèse. J’ai donc dit à mon éditeur que pendant trois années je n’écrirai aucun livre. Et j’ai aussi d’autres travaux et d’autres idées en tête, je n’ai donc pas l’esprit à l’écriture en ce moment, ni le temps.
Tout ce que j’avais à faire, à finaliser, avant de me plonger dans ma thèse a été réalisé et maintenant je m’y consacre donc entièrement.

LRS: Je reviens sur le choix de cette période 1900 à 1940. Te paraissait-elle la plus forte en matière de marine, de voile, de développement maritime aux Sables d’Olonne ?

HR: C’est effectivement une période où le port des Sables d’Olonne battait son plein, avec les 200 sardiniers, les usines de conserves, les thoniers, donc avec une vie maritime très intense. 
Et puis, il y a désormais beaucoup moins de témoins de cette époque là puisque ceux qui avaient 15 à 20 ans à cette époque, en 1940, on les compte sur les doigts de la main.
Une partie de la mémoire est partie, c’est pourquoi j’ai estimé qu’il fallait l’écrire cette mémoire, avant qu’elle ne disparaisse!
C’est un livre très axé sur les personnages, les individus, les histoires familiales, avec des noms de famille bien locaux. C’est un travail de transmission que j’ai voulu réaliser dont peuvent profiter chacune des personnes concernées. Chaque famille peut se retrouver dans ce livre, le compulser comme si c’était leur propre album de famille. Ils retrouvent dans cet ouvrage des bribes de leur vie de famille.
A chaque page on peut retrouver les noms d’un ancêtre ou d’un voisin, ou des noms que l’on a entendu prononcer pendant sa petite enfance. Il en est de même pour les noms de bateau.

LRS: J’imagine que tu as rencontré de nombreux descendants de ces familles afin de compléter tes sources?

HR: J’ai rencontré de nombreux descendants de ces familles pour la préparation du livre, certains lors des années antérieures.
C’est important de retranscrire cette histoire dans un ouvrage, je suis devenu un petit peu le passeur de mémoire.
Mon rôle est là: je suis entre hier et demain, je suis un lien entre les archives – des archives que les descendants n’auraient sans doute jamais vues – et la mémoire qui a pu disparaître et que j’ai pu retrouver grâce mes recherches et par le biais d’interviews.
J’ai mis tout ces éléments en forme, non pas pour les garder pour moi mais justement pour les partager, pour en faire profiter le plus grand nombre. 
Et le résultat peut – et je l’espère – éveiller des curiosités et créer des vocations.

Histoire d’un bateau de pêche – La Gazelle des Sables d’Olonne

LRS: La Gazelle des Sables d’Olonne par Dominique Duviard est paru en 1981. Tu as alors 7 ans. L’as-tu lu à 7 ans ou beaucoup plus tard?
HR: Je l’ai lu l’année d’après, j’en suis sûr, en 1982. Mon grand-père travaillait à la Coopérative maritime et celle-ci le vendait. Mon grand père l’avait donc acheté et me l’avait montré. Je m’en souviens très bien, j’étais en primaire et je déjeunais tous les jours chez mes grands-parents.
Je fus fasciné par cet ouvrage, c’était un peu comme un livre des merveilles pour moi, d’autant plus que mon grand-père m’en montrait les photos en désignant des membres de la famille sur de nombreuses d’entre elles: «Tiens là c’est ton grand oncle, là c’est ta tante.»

LRS: Il te faisait pénétrer dans l’intimité des anciens, dans l’histoire de la famille grâce aux photos de ce livre…

HR: Pas mal de personnes de la famille étaient dans ce livre, et donc en même temps que mon grand-père me parlait, il me racontait la vie à cette époque et cela me fascinait.
Il fut un peu un éveilleur, une prise de conscience. Alors, certes, ce n’est pas à 8 ans que je me suis dit «tiens, je vais faire ma vie autour des marins ou de l’histoire» mais ce livre a joué un déclic important pour moi.
J’étais très curieux, et on est toujours étonné lorsque l’on est enfant de voir des photos de gens qu’on connaît dans un livre! 
A cette période je m’intéressais aux gens, aux familles, aux vieilleries…. j’étais bien le seul enfant dans ce cas!
Alors ma grand mère sortait souvent des photos de la famille pour me les montrer, elle m’expliquait de qui il s’agissait, ce que ces gens avaient fait. Et j’enregistrais toutes les informations, sans perdre un seul élément.

LRS: Ton grand-père l’avait acheté et cela t’a fasciné. Alors, j’imagine que tu as dû rêver de le posséder toi-même?

HR: Je l’avais eu très jeune entre les mains mais il ne m’appartenait pas. C’est en 1985, pour mes 11 ans, qu’une amie de la famille me l’a offert. Cette dame m’a emmené chez Jean Huguet; c’est la première fois que j’entrais dans la maison d’édition fondée par Jean Huguet, «Le Cercle d’or» . C’était déjà pour moi un symbole, et je me rappelle avoir demandé à cette dame de m’acheter ce livre, «La Gazelle des Sables d’Olonne.»
Et en page de garde de ce livre, j’ai la dédicace de cette dame; c’était donc pour mes 11 ans, le 5 novembre 1985.

LRS: As-tu eu des contacts avec l’auteur?

HR: Non. L’auteur Dominique Duviard est décédé en 1983, mais sa femme Zoé est venue il y a quatre ans lors de notre exposition sur la marine en bois, et nous avons déjeuné ensemble; nous sommes toujours en contact depuis. Elle est très heureuse de savoir que l’ouvrage de son époux a suscité des passions.
J’ai dédicacé mon dernier livre «Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne – Gens de Mer – 1900-1940» à Dominique Duviard, ce qui montre combien il a compté pour moi en tant qu’auteur.

LRS: Tu dis que la lecture du livre «La Gazelle des Sables d’Olonne» t’a amené à te passionner pour les gens de mer. Des livres sur la mer il y en a énormément. Y a-t-il quelque chose dans le livre qui t’as particulièrement marqué en dehors des photos de membres de la famille: une anecdote ou un passage sur la mémoire maritime?

HR: Je pense tout de suite à un terme. Dans la Préface de ce livre, Jean Huguet dédie ce livre «à tous les miens marins.»
On pense tout de suite à «à tous les miens» , à «au nom de tous les miens» , mais pour moi «tous les miens» c’était ces gens, ces personnages qui étaient dans le livre, qui vivaient au milieu de ces bateaux, entre La Chaume et Les Sables d’Olonne.


LRS: Tous les miens pour Jean Huguet, c’est tous les Chaumois? Un peu ce que dans d’autres populations on appelle des frères, des gens qui vivent dans un même lieu, véhiculant la même culture?

HR: Oui, c’est ça. Et c’est ce qui m’a amené ensuite à faire de la généalogie et à me rendre compte que j’étais complètement imbriqué dans ce milieu, complètement enraciné. C’est un enracinement, une «fraternité» culturelle et maritime, une famille.

LRS: Quelle peut être la répercussion de ce livre sur le milieu marin, chaumois et sablais?

HR: Quand tu sors un livre comme celui-là, tu rapproches les gens entre eux. C’est quelque chose qu’ils ont dans le sang. Quand ils voient le livre, les photos, ça les émeut vraiment. Ça leur rappelle bien sûr des souvenirs, et que ce soit des bons ou des mauvais ils sont reconnaissants envers l’auteur car on leur a apporté du bonheur, de l’émerveillement. C’est presque une oeuvre de bienfaisance…

LRS: La découverte de leurs racines….

HR: Oui, c’est la découverte ou redécouverte de leurs racines, la mise en relief de leur appartenance à cette communauté qui aujourd’hui s’est considérablement diluée, parce que les gens sont partis, qu’ils se sont installés ailleurs. Mais ça montre cet attachement. Ils sont issus d’un même monde, un monde oublié. Mais ils en sont fiers, et sont également fiers de le faire savoir, d’en donner des explications, et particulièrement fiers que ce soit écrit, noir sur blanc.

LRS: Peux-tu nous raconter ta première rencontre avec Jean Huguet? La 1ère fois, vous êtes-vous croisé, ou bien as-tu acheté un de ses livres, ou était-ce à l’occasion d’un rendez-vous chez lui ?
HR: Vivant à La Chaume, je l’observais, je l’épiais même, car pour moi c’était un personnage fascinant. Je le croisais, car j’allais à l’école non loin de son domicile, je le voyais sortir du Cercle d’Or car j’attendais le car, juste devant, pour rentrer chez moi.
Il m’arrivait de le voir chez le photographe, mais nous n’avions jamais discuté, j’avais 10 ans, j’étais un gamin. Pour moi, c’était un monsieur intouchable et, en même temps, c’était un repère, un modèle.
Et donc la première fois que je l’ai rencontré, c’est en allant acheter ce livre de Dominique Duviard.
 Je l’ai vraiment rencontré deux années plus tard, en 1987, car j’ai commencé mes recherches généalogiques et ma grand-mère, qui était du même âge que lui – ils étaient allés à l’école ensemble – m’avait emmené à son bureau au Cercle d’Or pour discuter des recherches que j’allais entreprendre. Il m’avait alors donné quelques conseils.
Je pense qu’il s’est rendu compte que le petit gars qu’il avait aperçu par là, à plusieurs reprises, dont en 1985 lors de l’achat du livre, s’intéressait à l’histoire et à La Chaume, un peu plus que ce qu’il avait pu entrevoir en 1985, et que j’avais envie d’en faire mon métier. 
En 1987, j’étais en 4ème, j’avais 13 ans, et je savais alors que je voulais faire de l’histoire. 
Je l’ai rencontré beaucoup plus, trois ans plus tard, car je suis entré aux Veillées chaumoises où je chantais et participais à des sketches, en patois; car j’étais un des rares jeunes «patoisant».

LRS: Racontes-nous ta passion pour les Veillées chaumoises…
HR: Avant de rencontrer Jean Huguet physiquement, je l’ai connu par la voix au travers des disques des Veillées chaumoises. J’étais un peu un extra-terrestre: j’avais 10-11 ans et j’écoutais les Veillées chaumoises à longueur de temps! Je n’écoutais pas les tubes du moment ou Mickaël Jackson mais les disques des Veillées chaumoises…. Ma mère en était malade… J’étais vieux avant l’âge….. J’étais sans doute prédestiné à cette passion!

LRS: Finalement, quelle a été l’influence de Jean Huguet, même si elle ne fut que ponctuelle?

HR: Jean Huguet m’a un peu montré la voie à suivre puisque j’ai fait des études d’histoire, et j’en ai même fait mon métier. Si j’ai écris c’est grâce à lui car il m’a mis le pied à l’étrier pour mon premier livre en me mettant en contact avec les Editions de l’Etrave. Je lui dois quand même beaucoup.

LRS: Est-ce qu’il t’a donné des conseils, ou t’a-t-il incité à lire un ouvrage particulier? La première fois où vous vous êtes rencontré en 1987, quel fut le contenu de la discussion?
HR: Ça n’allait pas bien loin, il ne faut pas oublier que j’étais très jeune, j’avais 13 ans et lui en avait 60. Ce n’était pas le même niveau, pas le même monde, pas le même milieu mais par contre il a toujours été bienveillant avec moi.
Quand j’ai écris mon premier livre, je ne peux pas dire qu’il m’ait donné des conseils; il a su m’orienter, mais ne m’a pas donné de conseils de rédaction. Disons qu’il m’a ouvert des portes.

LRS: Les Sables d’Olonne, ce n’est pas que le port et le chenal. Y a-t-il d’autres endroits que tu aimes bien au Pays des Olonnes et quels sont ceux que tu préfères: Cayola, Sauveterre, La Gachère, la Rudelière, le Puits d’enfer, les marais d’Olonne?
HR: Il y a deux endroits que j’aime bien particulièrement avec ma famille: on aime bien se promener du côté de Cayola; on marche à partir de St-Jean d’Orbestier le long du littoral jusqu’à Cayola ou vers le Bois St-Jean; on est alors dans la nature, au calme, loin du tumulte.
L’autre endroit que j’affectionne, ce sont les marais à l’Ile d’Olonne; j’y vais tous les ans, durant un week-end sacré, avec une bande de copains, des amis que j’ai connu il y a une dizaine d’années. Presque le retour à l’état de nature, coupé du monde, mais bon enfant, très convivial, avec de belles relations humaines, et surtout sans un bruit, perdu dans les marais d’Olonne. On fait du canoë, on pêche, on chante….

LRS: On enverra un drône…(rires)

HR: Oui, eh bien il faudra déjà nous trouver !

LRS: Tes recherches, tu les a faites où? Uniquement à Rochefort ?Je crois que c’est à Vincennes que se trouvent les archives centrales de la Marine?
HR: Je ne suis pas encore allé à Vincennes. Il faudra que j’y aille ainsi qu’aux archives nationales, mais pour l’instant je ne suis allé qu’à Rochefort car c’est là que se trouvent la plupart des archives marines concernant Les Sables d’Olonne, mais il y en a aussi à Vincennes.

Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne

 

LRS: Revenons au livre. Combien de temps as-tu mis pour le rédiger? 

HR: Au moins deux ans, ça a été assez long. Le livre est épais… et j’avais collecté pas mal d’archives, il a donc fallu faire un choix draconien pour les photos.

LRS: Personnellement, je n’aime pas trop les ouvrages qui ne sont qu’une suite de cartes postales sans aucune explication ou avec des légendes insuffisantes. La force de ce livre est qu’il ne tombe pas dans ce travers, il y a de nombreuses explications.

HR: Oui, j’ai effectivement essayé de donner vie aux photos et aux personnages. Depuis 30 ans, j’ai fait des recherches, collecté ainsi que classé des archives. La réalisation de ce livre ne se limite pas aux deux années d’écriture et de mise en pages. Il y a du contenu.
J’ai amassé une certaine documentation qui me permet de sortir ce genre d’ouvrage tiré à 2000 exemplaires, le même tirage que le livre sur les années 50 qui s’est presque totalement vendu en une année.

LRS: Quelques questions sur des passages du livre.

 

La petite jetée avec sa cabane

Vers 1911 / 13 il y a avait une cabane sur la petite jetée, et le phare de La Chaume n’était pas encore construit. A quoi servait cette cabane?
HR: Elle appartenait aux Ponts et Chaussées, et servait à entreposer des ustensiles pour les douaniers lorsque des bateaux se trouvaient en difficulté à l’entrée du port: des câbles, des bouées culottes (un système de sauvetage).

Bouée de sauvetage

 

LRS: La Tour de la Petite Jetée s’appelait la Tour Môle? Pourquoi ?
HR: Le môle est un synonyme d’avancée, de jetée, de brise-lames, de digue.

Femmes halant les bateaux

LRS: C’est quoi une godaille? Des femmes pouvaient être récompensées (de leur travail) par une godaille.
HR: C’est une part de poissons. On dit cotriade (NDLR: ou cotériade) quand il s’agit d’une part de poisson dû au marin-pêcheur en avantage en nature. Une part qui lui revient au retour de la pêche.
Les femmes recevaient des godailles lorsqu’elles avaient, par exemple, halé le bateau depuis la jetée.


LRS: Le voilier Tour Eiffel a été construit en quelle année? 

HR: Je vois la carte. Je dirai début 1900.
LRS: Non, ce fut en 1889. C’était l’année de l’Exposition universelle pour laquelle fut construite la Tour Eiffel. Le voilier a sans doute été appelé Tour Eiffel pour cette raison.

LRS: Y avait-il des vols de homards dans les bassins du port des Sables d’Olonne?
HR: Ah, cette histoire avait défrayé la chronique. Les pêcheurs de homards étaient nombreux. Ils avaient des parcs dans le port où ils entreposaient leur pêche. La pêche des homards représentait des quantités impressionnantes à l’époque. C’était cadenassé, mais il y avait des petits malins qui leurs volaient leur pêche durant la nuit. 
Elle est allée loin cette histoire, c’était même passée au tribunal vers 1905.

LRS: Mais de nos jours, il n’y a plus de pêche de homards?

HR: Non, mais ça s’est fait jusqu’au début des années 80 car les deux frères de ma grand-mère pêchaient le homard, et mes tantes le vendaient au marché.

LRS: On peut donc imaginer qu’il y en a encore dans les rochers au large des Sables d’Olonne?
HR: J’ai un copain qui en a pêché un hier même! Pas tout à fait, car à un moment il s’est trouvé déséquilibré et le homard en a profité pour déguerpir en abandonnant ses deux pattes dans les mains du pêcheur, qui les a ramené chez lui prouvant ainsi qu’il avait failli capturer un homard…
Il y en a eu beaucoup, on en pêchait tellement que dans certaines familles on en mangeait tous les jours! Et à toutes les sauces !

LRS: On les pêchait comment?

HR: Avec des casiers, sans doute à un dizaine de mètres de profondeur.

La mère Annette vantant ses homards

LRS: Et la mère Annette?
HR: La mère Annette fut à l’honneur sur deux cartes postales. J’ai retrouvé son état-civil et je suis en train de faire son arbre généalogique, à partir d’archives des Sables d’Olonne et de Rochefort. Ses ancêtres étaient des marins.

LRS: la grande poissonnerie fut détruite en 1966. Considères-tu que ce fut une catastrophe? Elle n’était plus aux normes mais elle aurait pu trouver une autre destination.
HR: On peut en dire autant de la destruction de l’usine de conserverie Amieux. Ce sont des choix politiques qui ont été faits à l’époque. Ça peut être regrettable, mais ça correspondait aussi à une époque révolue.
On peut dire qu’il y a 40 ans, nos édiles ne se souciaient pas du patrimoine. Il y a quand même beaucoup de choses qui ont disparu, surtout quand on voit les anciennes cartes postales. On peut se dire, c’était mieux avant…. 
La poissonnerie a été détruite car la Criée / Centre de marée avait été construite / inaugurée vers 1961-62 et donc l’ancienne poissonnerie a été détruite quelques années après.
Le poisson se vendait à l’étal aux Halles, mais pas en grande quantité. C’est donc la Criée qui a pris le relais de la Poissonnerie. Ce qui est un peu dommage ce sont ces tours…

L’ancienne poissonnerie

 

Marchandes de poisson

 

LRS: Comment se fait-il qu’en mai 1895 les marchandes avaient fait une pétition afin de pouvoir vendre leur poisson ailleurs qu’à la poissonnerie avant 11h?

HR: Sans doute d’abord pour des raisons financières, car la poissonnerie imposait des prix mais aussi car elles auraient pu le vendre au plus offrant dans la rue ou à des restaurateurs à des prix supérieurs. En imposant la vente à la poissonnerie avant 11h, cela permettait aussi à la Ville de contrôler les ventes car celle-ci percevait des taxes sur les ventes. Mais bon, elles devaient quand même bien arriver à en vendre sous le manteau…

LRS: Comment expliques-tu qu’il y ait autant de Bretons et de familles bretonnes aux Sables d’Olonne dès 1800?

HR: Les premières mentions de Bretons datent de 1818-1819. Les Bretons venaient pour pêcher dans nos eaux. Les Bretons sont nombreux avec une quarantaine de chaloupes, ce qui représente un chiffre supérieur à celui des Sablais qui n’avaient qu’une trentaine de chaloupes!


LRS: Mais ils avaient du poisson chez eux en Bretagne, non?

HR: Oui, mais ils étaient très nombreux là-bas aussi, donc ils migraient vers Les Sables d’Olonne, La Rochelle etc… notamment des Groisillons (NDLR: habitants de l’Ile de Groix, située face à Lorient). Des Groisillons s’installèrent à La Rochelle (NDLR: beaucoup de Bretons du Golfe du Morbihan s’installèrent à La Rochelle) et dans le Pays basque, mais il y eut une colonie importante aux Sables d’Olonne. Les Groisillons furent les premiers bretons à venir aux Sables d’Olonne.

LRS: Quelles furent les relations entre marins bretons et marins sablais?

HR: Ça chauffait assez dur entre Bretons et Sablais. Et le maire des Sables d’Olonne avait pris des arrêtés municipaux car les Bretons se permettant de vendre à la poissonnerie, les Sablais n’arrivaient plus à écouler leur poisson.
Le Maire demanda donc que les Bretons laissent la priorité aux Sablais. Le document concerné portait le titre de «Litige avec les marins bretons».
Les conflits allaient assez loin, ainsi les gamins de La Chaume jetaient des pierres sur les marins bretons pour se venger et leur montrer qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Buvette Groizillonne

LRS: Les arrêtés du maire ont-ils résolu le problème et calmé les esprits?

HR: Les relations se sont assouplies mais pour d’autres raisons…. Au début, ça se passe donc mal. Mais les Groisillons se sont fixés aux Sables d’Olonne notamment en épousant tous des Sablaises!
Rien de mieux que d’épouser des filles du crû pour assouplir les relations… De nombreuses familles vont ainsi s’établir vers 1840, les Laurec, les Legrêle, par exemple, souvent des familles très prolifiques.

LRS: Ce qui signifie que parmi les descendants Sablais actuels il y a de nombreux bretons?

HR: C’est sûr! Il y a eu énormément de Bretons. J’avais fait une étude il y a quelques années, parue dans Olona, montrant que c’était essentiellement des Morbihannais qui s’étaient installés aux Sables d’Olonne, la plupart provenant de l’Ile de Groix.

LRS: A propos de la pêche, y avait-il des différences?

HR: Les Groisillons, et les Bretons en général, avaient une très bonne réputation de marin. Ce sont eux qui les premiers vont armer des bateaux et constituer des équipages pour la pêche au thon. A l’inverse, au début, les Sablais n’ont pas voulu aller à la pêche au thon.

LRS: Pourquoi?

HR: C’était loin, dans le Golfe de Gascogne dont les tempêtes étaient réputées dangereuses; il y avait donc une forme de crainte de la part des Sablais qui se contentaient de la pêche côtière.
Alors que les Bretons, dont les Groisillons, osaient y aller.
 Les Sablais, après être allés au19ème siècle à Terre neuve sont devenus, au 20ème siècle, soucieux de leur petit confort.
Peut-être par jalousie et rivalité, les Sablais vont finir par réagir et suivre les Bretons dans la course à la pêche au thon.

Abri du Marin

 

LRS: Continuons sur quelques passages de ton livre.
A quoi servait l’Abri du marin? Et la raison du lien religieux?

HR: A l’origine l’idée vient d’un Breton, Jacques de Thézac (NDLR: Jacques de Thézac est un yachtman, ethnologue, photographe et philanthrope français, fondateur de l’Œuvre des Abris du marin). L’idée était que, plutôt que les marins traînent dans les bistrots, de créer un endroit où ils puissent se reposer, se retrouver, échanger tout en évitant de dilapider leur argent.
Cet Abri du Marin avait donc été créé à l’origine pour les marins de passage; aux Sables d’Olonne, cela pouvait donc concerner les Bretons – ou d’autres marins – qui étaient là pour deux ou trois jours. Le lieu n’était donc pas uniquement réservé aux Sablais.
Pour l’aspect religieux, les Aumoniers des Marins essayaient sans doute de contrôler tout ce petit monde. Entre la mer et la religion, il y a et il y a toujours eu des liens très forts.

LRS: Tu ne parles pas beaucoup de Paul-Emile Pajot dans ton livre?

HR: C’est vrai, mais ça a été beaucoup traité par ailleurs dans des ouvrages qui lui ont été entièrement consacré, donc il était inutile de trop y revenir.

LRS: Que peux-tu nous dire sur la Voilerie Hériaud?
HR: C’est un petit passage dans le livre que j’aime bien parce qu’Emile Hériaud, le fondateur de la voilerie, s’était marié avec une Groisillonne qui s’appelait Angèle Laurec. 
Ça lui a attiré toute la clientèle groisillonne qui venait aux Sables d’Olonne.
A Groix il n’y avait pas de chantiers de navire, tous les Groisillons faisaient donc construire leur bateau aux Sables d’Olonne et le faisait donc voiler chez Hériaud en raison de ses liens de mariage…
J’ai eu en main les livres statistiques de la Voilerie Hériaud et j’ai fait une analyse de la provenance des clients; j’ai donc pu constater cet état de fait, preuves à l’appui.

Les éperons des Sables d’Olonne et La Chaume

LRS: On trouve dans ton livre des cartes postales sur l’éperon de La Chaume construit en 1836 et sur celui des Sables d’Olonne, construit en 1846. Des éléments à apporter à ce sujet?

HR: C’est lié aux grands travaux du port de ces années-là. 
Vers 1815, à la fin des guerres napoléoniennes, le port des Sables d’Olonne est complètement ruiné. Il sera moribond pendant toute la Révolution, les bateaux pourrissant dans le port car ils ne sont pas allés à la pêche à Terre neuve. Il n’y a plus de marins, soit ils sont morts sur les pontons soit ils ont été enrôlés par le roi et ne sont jamais revenus.
Le port n’est que le pâle reflet de ce qu’il était 30 ans plus tôt. Et pourtant c’est le seul port d’envergure sur la côte vendéenne et le seul entre Nantes et La Rochelle / Bordeaux.
Les premières demandes de travaux pour le port datent de 1819 mais rien ne fut entrepris. C’est finalement le Conseil général de la Vendée qui va financer une partie des travaux mais il fallut attendre 1846 pour que ceux-ci démarrent.
L’élargissement des quais côté Les Sables, une partie de la jetée, la réfection des quais de La Chaume, certains éperons, le bassin à flot, tout ça c’est vers 1846, tandis que pour la construction du Pont de La Chaume il faudra attendre quinze ans de plus.

LRS: Penses-tu que M. Léger, propriétaire de la Buvette du Passage a été assassiné?
HR: Je ne pense pas. D’ailleurs, le journal de l’époque parle d’un accident. Je vois bien à quoi tu fais référence. Le pauvre homme a été écrasé par une barrique dans sa cave.

Alice et Isabelle

 

LRS: Que venait donc faire cet énorme bateau aux Sables d’Olonne, «l’Alice et Isabelle»? D’où venait ce pétrole?
HR: C’est un bateau qui venait de Philadelphie et était affrété par l’entreprise Lesourd de Tours. Il effectuait le trajet Philadelphie / Les Sables d’Olonne en transportant du pétrole.
Il faut savoir que les grands ports de l’Atlantique comme Bordeaux ne voulaient pas transvaser de pétrole car ils avaient peur d’un accident, d’une explosion ou d’une marée noire.
Les Sables d’Olonne va donc bénéficier du refus des autres ports. «L’Alice et Isabelle» venait trois par an. Le pétrole arrivait en vrac aux Sables d’Olonne et devait ensuite être expédié vers Tours en train.
Il y avait donc une importante fabrique de tonneaux dans l’arrière port de La Chaume (vers la zone où se trouve la maison de retraite actuelle Les Salines) afin de pouvoir conditionner le pétrole en tonneaux.

LRS: Dernière question. Ton ouvrage comporte de belles photos sur la Fête de la Mer dont les Sablais ont toujours gardé des souvenirs émus. Quelle est la genèse de cette fête?
HR: La Fête de la Mer était une fête religieuse qui consistait à jeter des gerbes de fleurs dans l’eau en souvenir des péris en mer et à faire une bénédiction. 
Elle avait lieu fin juin car la bénédiction concernait des thoniers qui allaient alors partir en campagne de pêche. C’était une très belle fête, et on venait de toute la Vendée pour y assister. Tous les marins y participaient y compris ceux qui n’affichaient pas de sentiment particulier envers la religion.

Interview réalisée le 30 mai 2017
Philippe Brossard-Lotz

Le Reporter sablais

 


Se souvenir de la vie maritime aux Sables d’Olonne 
Gens de mer 1900-1940
264 pages – 30€
Geste Editions

 





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