Noirmoutier Vendée. Contamination 1884 : le choléra à Noirmoutier

1884 – CHOLÉRA- EPIDÉMIE DE NOIRMOUTIERS
Il résulte du rapport de M. le docteur Gaudin, médecin des épidémies de l’arrondissement des Sables-d’Olonne, que l’épidémie qui sévit dans l’Ile de Noirmoutiers, est probablement la suite de celle qui a débuté le 22 novembre 1884 dans la ville même, donnant lieu à six décès.
La population de Noirmoutiers est de 5857 personnes, dont 2029 résidant au chef-lieu et 3827 disséminées entre quatre hameaux.
Chacun de ces centres a été successivement visité par l’épidémie et a gardé jusqu’à ces derniers jours quelques maisons contaminées.
La marche suivie par la maladie paraît avoir été du nord à l’ouest, frappant successivement les villages situés le long de la côte. A Pré-Pelé, un malade visité par ses voisins a communiqué le mal au village entier, et toutes les maisons sans exception ont été contaminées.
La maladie n’est pas née spontanément dans le pays ; jamais, ni en 1832, ni en 1849, ni en 1865, le choléra n’avait paru dans l’île ; en 1884, il a été importé par un navire infecté, navire sur lequel s’est montré le premier cas.
Les causes qui expliquent la persistance et la ténacité de la maladie sont les suivantes :
– l’indigence extrême avec ce qu’elle entraîne à sa suite, promiscuité et malpropreté. Chaque famille ne possède qu’une chambre où l’on couche jusqu’à trois enfants dans le même lit, chambre humide et mal aérée. Les chaumières sont comparables à celles des plus pauvres régions de l’Irlande.
– L’alimentation est mauvaise et insuffisante ; une autre cause du développement de l’épidémie et des décès qu’elle a causés réside dans l’ignorance de la population, qui redoute les secours médicaux. Le médecin des épidémies a vu dans un même jour quatre cas de choléra très acaractérisés et l’on n’avait pas songé à faire venir un médecin. D’ailleurs au début un seul médecin (le docteur Gustin) a dû faire face à toutes les exigences médicales de l’île.
Le conseil d’hygiène a demandé à la ville de Nantes des infirmiers désinfecteurs et depuis ce moment les mesures les plus énergiques de désinfection et d’évacuation ont été rigoureusement appliquées.
CHOLÉRA – 1885 // Noirmoutier
En 1885, l’Académie nationale de Médecine avait fait paraître une Communication dans son Bulletin (en janvier 1885) à propos de l’épidémie cholérique de 1884.
L’auteur en était A. Proust. La Communication avait pris comme référence plusieurs communes :
– Vernet-les-Bains (Pyrénées Orientales) // Lorsque le choléra s’était déclaré à Perpignan, un grand nombre de familles étaient venues se réfugier à Vernet. (…)
– Nantes (Loire-Inférieure) // Le médecin en chef des épidémies à Nantes pensait que le choléra avait pu être transmis au sieur Connès, le premier malade de Nantes, par des soldats libérés arrivés du midi d ela France et de l’Algérie. (…)
– Pourru-Saint-Remy (Ardennes) // Un jeune soldat venant de Tlemcen, ayant séjourné trois jours à Marseille, a été le lendemain de son arrivée à Pourru, pris de crampes et de diarrhée et tous les symptômes d’un choléra confirmé. (…)
– Choléra d’Yport // 1669 habitants. La population est en grande partie composée de pêcheurs, parmi lesquels moitié environ se livrent à la grande pêche à terre-Neuve, les autres pêchent sur la côte. Les Yportais ont des habitudes invétérées de saleté ; les cabinets d’aisance y sont absoluement inconnus (…) Le choléra s’est montré trois fois à Yport : en 1832, en 1848 et 1849 et enfin en 1884. (…). Il y eut à Yport 41 cas de choléra dont 18 décès et 23 guérisons.
Les Sables-d’Olonne Vendée. CONTAMINATION : ces marins Sablais qui déféquaient dans le Port des Sables
L’Académie nationale de Médecine apportait grâce à ses publications d’importantes informations. Une diffusion importante à l’époque pour développer les connaissances, et de nos jours afin de connaître l’état des recherches médicales de l’époque ainsi que les comportements peu adaptés en matière d’hygiène.
Il aurait été intéressant d’élargir le sujet aux enquêtes et notions nationales sur le sujet, mais pour des raisons de simplifications, nous nous sommes limités au local, Noirmoutier et Les Sables-d’Olonne.
On en a apprend déjà beaucoup sur les moeurs et les épidémies, ainsi que sur les contaminations par les huitres, elles-mêmes contaminées par les comportements et façons de vivre.
Note : concernant les Sables-d’Olonne, il ne s’agit pas des parcs à huîtres de La Chaume, mais de parcs à huîtres qui existait dans le bassin des chasses, une grande étendue d’eau qui correspond à peu près à l’endroit où se situe de nos jours Port Olona et dans le prolongement de cet espace.

TYPHOÏDE – Janvier 1907 // Les Sables-d’Olonne
En janvier 1907, l’Académie nationale de Médecine avait fait paraître une Communication dans son Bulletin à propos d’une petite épidémie provoquée par l’ingestion d’huîtres (en provenance) des Sables-d’Olonne.
(Communication des cas par le médecin-major Vialaneix, en raison de la multiplicité des cas, qui ont éclaté en des points assez distants. Indre, environs de Toulouse, environs de Paris).
Le 31 octobre 1906 était expédiée des Sables-d’Olonne à la famille X, en villégiature dans l’Indre, une bourriche d’huîtres ; les huîtres arrivent le 2 novembre 1906. La bourriche est partagée entre la famille X et la famille Z, qui habitent à 2 km de distance et sont alimentées en eau de boisson de provenance différente.
Ces huîtres sont mangées dans les deux familles au déjeuner du vendredi 2 novembre 1906. Elles sont fraîches, superbes et sont trouvées excellentes.
-* Au déjeuner de la première famille prennent part 11 personnes. Sur ces 11, 6 seulement prennent des huîtres.
La maîtresse de maison, âgée de 39 ans, en état de grossesse avancée, en mange copieusement et n’éprouve aucun accident.
Il n’en est pas de même des 5 autres convives. La première, 33 ans, est prise de fièvre et de vomissements 36 heures après avoir mangé 5 ou 6 huitrres. L’indisposition dure 2 jours.
Un homme âgé de 55 ans est pris, après 24 heures, de coliques et de diarrhée légère qui durent 1 jour. Une dame du même âge éprouve, 36 heures après, des coliques violentes et une diarrhée profuse qui durent 2 jours.
Deux enfants âgés de 11 et 9 ans présentent le lendemain, le premier une lassitude persistante avec anorexie, le second de l’entéralgie droite. Ils rejoignent avec leur mère les environs de Toulouse. Là, ils s’alitent, le premier le 16, le second le 24 novembre 1906, pour une typhoïde très grave chez le premier, de moyenne intensité chez le second.
Les 5 autres personnes ayant assisté au déjeuner mais n’ayant pas mangé d’huîtres (femme âgée, homme de 50 ans, homme de 40 ans, institutrie anglaise et un enfant) n’éprouvent rien d’anormal.
-* Au repas de la deuxième famille prennent part 9 personnes, dont 3 mangent des huîtres.
La première personne, un homme de 45 ans, absorbe 12 huîtres. Le lendemain coliques et diarrhée, retour rapide à la santé. Il s’alite le 20 novembre 1906 avec une typhoïde très grave (séro-diagnostic positif), dont il meurt le 45ème jour par suite de péritonite généralisée consécutive selon toute probabilité à une collection purulente de la vésicule biliaire.
Un homme de 44 ans mange 10 huîtres. Dans la journée du 4, soit 48 heures après, il est pris de courbature générale, de fèvre intense avec sensation très pénible à la peau, coliques violentes et diarrhée profuse. Les coliques continuent dans la nuit du 4 au 5, alors que le diarrhée cesse. le 5, tout se calme. Guérison.
Une dame, 41 ans, mange 8 huîtres. 48 heures après, légères coliques durant 1 jour. Guérison.
Une jeune fille, 20 ans, mange 12 huîtres. Le lendemain, frissons, fièvre. 36 heures après, vomissements. Elle se remet mal ; céphalée, douleurs d’estomac fréquentes jusqu’au 18 novembre 1906, jour où elle s’alite et fait une typhoïde de moyenne intensité terminée par une guérison.
Une demoiselle, 33 ans, ne manque qu’une huître. 48 heures après, coliques et diarrhée légères durant 1 jour.
Cette personne avait eu autrefois des symptômes d’indigestion à la suite d’absorption d’huîtres et n’en a mangé qu’une pour cette raison.
Les 4 autres convives, 40, 15, 10 et 7 ans, femme et enfants du malade décédé, n’avaient pas mangé d’huîtres et n’éprouvèrent rien d’anormal.
(…) Nous avons eu connaissance d’autres cas d’infection consécutive à l’ingestion d’huîtres provenant également des Sables-d’Olonne. Cette fois les huîtres ont été recueillies et consommées au parc même le 16 août 1906. Le mari a souffert du ventre et eu de la diarrhée la nuit suivante. La diarrhée a persisté plusieurs jours. Chez la femme les mêmes symptômes n’ont duré qu’un jour ou deux. les deux enfants n’ont rien eu, bien qu’ayant mangé des huîtres.
CONTAMINATION année 1907 : Le parc aux huîtres des Sables-d’Olonne est situé dans le bassin de chasse du port. A marée basse le port est à sec et les marins en font un véritable dépotoir non seulement de matières organiques avariées de toutes sortes, poissons pourris, chats crevés, etc.. mais encore s’en servent comme de latrines. Or, à marée montante, le port se remplissant, les écluses A et B sont ouvertes et l’eau entraîne tous ces détritus vers les parcs à huîtres.
La ville des Sables-d’Olonne n’a pas le tout-à-l’égoût et l’enlèvement des matières fécales se fait au moyen de la vidange en usage dans les fosses fixes. Les matières ainsi retirées servent à l’épandage. Néammoins les eaux résiduaires coulent à ciel ouvert dans les rues et sont reçues dans un égout qui débouche dans le port et peut également contribuer à la contamination.



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Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais
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