Les Sables-d’Olonne. Vendée Globe et Village. EXCLUSIF: les impressions de Louis Guédon ancien député maire des Sables d’Olonne

 




 

 

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Les Sables-d’Olonne. Vendée Globe et Village. EXCLUSIF: les impressions de Louis Guédon ancien député maire des Sables d’Olonne

En ce samedi 17 octobre 2020, tout est prêt pour l’inauguration du Village du Vendée Globe. Et pourtant rien n’a été facile durant les quatre années qui ont séparé cette 9ème édition de la précédente en 2016-17.
Malgré l’adversité, le Village est ouvert et 33 proues d’Imoca pointent leur nez sur le ponton du Vendée Globe pour un départ programmé le 8 novembre à 13h02.

Le programme de cette matinée est chargé: photo officielle des skippers, visite du ponton en présence des skippers donnant leurs impressions, puis visites des pavillons, celui du tourisme, le culinaire, et enfin le splendide pavillon du département de la Vendée.
Des invités, triés sur le volet, sont présents en compagnie de nombreux élus, sponsors, journalistes et photographes.
Parmi ces invités, l’ancien député-maire des Sables d’Olonne, Louis Guédon.
Une personnalité incontournable en matière de Vendée Globe puisqu’il était « à la manoeuvre » en tant que maire de la Ville lors de la genèse de l’événement avec la 1ère course en 1989.
Cette inauguration fut l’occasion de l’interroger sur ses sentiments – 31 ans après la 1ère édition -, sur l’évolution technologique, sur les skippers, et de lui demander quels étaient ses souvenirs les plus marquants.

 

Interview exclusive Le Reporter sablais

Le Reporter sablais: Parlez-nous de cette première édition en 1989 et de la création du Vendée Globe. Vous étiez au coeur du projet en tant que maire des Sables d’Olonne.
Louis Guédon: Le Vendée Globe a été créé pour deux raisons. Philippe Jeantot, qui cherchait des sponsors pour lancer une course autour du monde, a été retenu à la fois par le Crédit agricole et par la Ville des Sables d’Olonne. On l’a aidé à finaliser et financer son bateau et, en raison de sa valeur en tant que skipper et par chance pour Les Sables d’Olonne, il a gagné le Boc Challenge*.

*Note de la Revue: Le Boc Challenge a eu lieu en 1982 et en 1986, à la suite de la Golden Globe de 1968 remportée par Sir Robin Knox-Johnston.

En 1982, parmi 17 concurrents, Philippe Jeantot sort vainqueur en gagnant chacune des quatre étapes prévues. En 1986, Philippe Jeantot récidive face à 25 skippers, sans toutefois remporter l’ensemble des manches.
La particularité du Boc Challenge, et sa différence par rapport au Vendée Globe, c’est que le Boc comprenait des étapes.

Deuxième élément, en tant que Maire, et avec mes collègues élus, j’ai eu la chance de réaliser la 2ème tranche du port de plaisance des Sables d’Olonne, Port-Olona. Lorsque Philippe Jeantot a proposé son projet pour 1989, il a été alors auréolé par sa deuxième victoire au Boc Challenge, et il m’a dit que les navigateurs français étaient en capacité de faire mieux que les Américains ! Et donc faire le Tour du Monde à la voile, en solitaire mais, contrairement au Boc Challenge, le faire sans escale et sans assistance !
Philippe Jeantot a alors ajouté: « On pensait le faire à partir de la Bretagne, mais ton Port-Olona des Sables d’Olonne me semble très bien et j’ai envie de le faire ici! »


Le Reporter sablais: Et alors ? Qu’avez-vous répondu ?

Louis Guédon: Je lui ai alors dit: « Mais ne va pas ailleurs ! Sur les 4 hectares que l’on a rajouté à La Cabaude, il y en a deux pour ton chantier naval (NDLR: Jeantot Marine). Aux yeux des gens qui viendront, tu auras une visibilité formidable ! »
C’est comme ça que l’affaire a démarré, avec le soutien financier du Crédit agricole, ainsi que celui du Conseil général dont le président était Philippe de Villiers.

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Jean Le Cam lors de l’inauguration le 17 octobre 2020

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Louis Guédon et Arnaud Boissières

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Le Reporter sablais: Vous étiez à l’inauguration ce matin du Village du Vendée Globe. Quelles furent vos impressions, j’imagine que vous étiez ému ?
Louis Guédon: Ce matin, j’étais profondément ému car je me rappelais les débuts du lancement du Vendée Globe, et j’ai un sentiment de gratitude et de fierté pour tous ceux qui ont suivi ce lancement.
Ce matin, il y avait pour moi beaucoup d’émotion car étaient présents des skippers comme Jean le Cam que j’avais vu lors du premier Vendée Globe, par exemple, avec le souvenir du drame qu’il avait connu et son sauvetage par Vincent Riou.
J’ai pu voir aussi Arnaud Boissières qui avait découvert le Vendée Globe lorsqu’il soignait, alors adolescent, une leucémie, maladie mortelle. Il s’en était sorti et avait alors dit à son père: « Si je guéris je ferai le Vendée Globe« .
Et quand on voit Arnaud qui en est rendu à son 5ème Vendée Globe !
Tout ça, ce fut pour moi beaucoup, beaucoup d’émotions.

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Le Reporter sablais: Votre sentiment sur l’évolution du Vendée Globe ?

Louis Guédon: J’ai beaucoup de fierté aussi de voir que cette grande manifestation nautique est maintenant admise, reconnue, considérée, adulée !
Quand ce matin nous avons pu voir ces 33 bateaux, magnifiques, comme pour une parade du 14 juillet sur les Champs Elysées, alignés sur le ponton du Vendée Globe avec la présentation des skippers, accueillants, souriants, motivés, rompus aux techniques de la mer, il y avait vraiment une grande fierté de voir que ces grands navigateurs reconnaissaient cette magnifique épreuve qu’est le Vendée Globe.
J’ai une gratitude vis-à-vis des organisateurs actuels car comme vous l’avez très bien indiqué dans votre propos initial, le Vendée Globe c’est le « must ».
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Le Reporter sablais: Au cours de cette inauguration, vous avez visité les stands, les pavillons du Village du Vendée Globe 2020. J’imagine qu’il y a un fort contraste avec le Village des premières éditions.

Louis Guédon: On est arrivé aujourd’hui à une perfection du Village, avec la qualité des stands, des présentations, le choix des exposants, le parcours. C’est vraiment une belle opération. Le stand du département est exceptionnel.
La Ville des Sables d’Olonne avait été l’organisatrice du Village pendant les trois premières éditions, ensuite ce fut une société, puis le Conseil général a pris le relais. On a assisté d’année en année à une montée en puissance.
J’étais très ému, très heureux, et en tant que Sablais très fier pour la Ville des Sables d’Olonne, et en tant que Vendéen très fier pour la Vendée. Ce sont mes sentiments. Beaucoup de gratitude envers ceux qui en ont maintenant la responsabilité.

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Romain Attanasio

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Le Reporter sablais: Parlons un peu des skippers et des bateaux.
Louis Guédon: J’ai beaucoup d’admiration pour la grandeur de ces marins qui, se lançant dans l’entreprise nautique et maritime la plus difficile, le font avec une telle simplicité, une telle gentillesse, un tel abord…
Quant aux bateaux, ils sont magnifiques, avec une technologie extraordinaire. C’était très intéressant de voir à l’arrière des bateaux comment est composé le poste de pilotage. La présentation de ce matin, c’était mieux que l’Ecole navale qui présente l’escadre…..
Tous les skippers sur le ponton de leur bateau, c’était extraordinaire, avec des bateaux nickels, parfaitement lustrés, c’était imposant, et admirable.

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31 des 33 skippers se sont mis en place pour la photo officielle du VG 2020


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Le Reporter sablais: Et ils n’imaginent pas forcément tout ce qui les attend, ce sera peut-être encore plus difficile que ce qu’ils envisagent…

Louis Guédon: Certains le savent puisqu’un certain nombre ont déjà effectué plusieurs Vendée Globe. Mais cette grandeur qui est alliée à la simplicité, c’est ça qui fait les grands hommes. Ils sont rompus aux meilleures techniques de navigation et à la connaissance de la mer, ils connaissent tous les dangers qu’ils vont courir. Voir des hommes et des femmes qui sont si simples, si accueillants, si souriants, si coopératifs !
C’est leur grandeur ! La simplicité et la modestie font la grandeur d’un individu. Et on retrouve ça chez ces skippers.

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Le Reporter sablais: Cette course, c’est un vrai défi pour les skippers !

Louis Guédon: C’est un vrai défi pour les skippers, comme ça l’était aussi pour nous lorsque le Vendée Globe a été lancé. C’était une véritable aventure en 1989, partie comme un défi !
Sans compter que d’autres villes concurrentes souhaitaient organiser elles-mêmes cette course. Mais Les Sables d’Olonne avait toutes les qualités pour le faire.
Pour nous à l’époque, encore plus qu’aujourd’hui, l’exploit du skipper ce n’était pas de revenir le premier mais d’être capable d’effectuer le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance.
Ce qui est considéré comme une grande victoire pour les skippers, c’est d’être classé au palmarès du Vendée Globe, d’être parmi ceux qui l’ont terminé, qui ont fait ce tour du monde.

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Le Reporter sablais: Racontez-nous, en 1989, le premier départ. Que faisiez-vous, vous accompagniez les skippers ?

Louis Guédon:  On les accompagnait en bateau jusqu’à la ligne de départ, on assistait à ce départ et on poursuivait à leurs côtés pendant environ une heure avant de retourner au port.
Lors du 1er Vendée Globe surtout, quand on est retourné au port, j’ai eu une véritable angoisse ! Je me disais: « Mais tu es un criminel. »
Il faut se mettre dans les circonstances de l’époque. Nous sommes en 1989 mais aucun marin ou presque – sauf quelques rares cas exceptionnels comme Moitessier – n’a jamais fait le tour du monde sans escale et sans assistance.
Je me disais que si ces skippers n’étaient pas capables d’assumer ce défi, s’ils n’avaient pas les compétences pour effectuer ce tour du monde, et s’ils n’en revenaient pas, j’aurais été coupable de les avoir laissés partir !


Le Reporter sablais: Racontez-nous le souvenir le plus marquant qui vous reste à l’esprit.

Louis Guédon: Cela s’est passé lors du 1er Vendée Globe en 1989, lorsque nous allions à la rencontre des bateaux, à l’arrivée des skippers aux Sables d’Olonne.
Titouan Lamazou avait une revanche à prendre face à Philippe Jeantot parce qu’il avait perdu le Boc Challenge contre Jeantot et cela à la dernière étape. Il existait une rivalité sportive entre les deux hommes et Titouan comptait bien prendre sa revanche en gagnant le Vendée Globe 1989.
Son bateau s’appelait Ecureuil Aquitaine II; l’homme fort d’Aquitaine était alors Jacques Chaban-Delmas (NDLR: en 1989, il est ancien Premier ministre, ancien Prés. de l’Assemblée nationale, et alors député-maire de Bordeaux). Et il avait soutenu financièrement avec la Région Aquitaine la construction du bateau de Titouan Lamazou.
Chaban-Delmas rejoint les Sables d’Olonne en hélicoptère depuis Bordeaux pour une arrivée prévue de Titouan Lamazou vers midi et demi.
Mais en raison de l’absence de vent, l’arrivée est décalée. Nous allons donc patienter, Chaban-Delmas et moi-même, en allant déjeuner dans un restaurant alors bien connu des Sablais, le Beau Rivage, situé sur le Remblai. En milieu d’après-midi, toujours pas de Lamazou.
Il est alors décidé de reprendre l’hélicoptère pour essayer de déceler au loin le bateau de Lamazou, mais rien à l’horizon y compris jusqu’à l’Ile d’Yeu. Retour au Beau Rivage pour le dîner !
Vers minuit, toute la troupe embarque sur des bateaux-vedettes pour aller en pleine mer à la rencontre du tant espéré par Chaban-Delmas, Titouan Lamazou.

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Le Reporter sablais: Et alors ?

Louis Guédon: Arrivés au large de l’Ile d’Yeu, tout d’un coup, en pleine nuit les projecteurs des télévisions nationales qui s’étaient elles aussi déplacées en bateau se sont mis à illuminer la nuit, et l’on a alors aperçu les deux grandes voiles triangulaires d’Ecureuil Aquitaine II.
C’était extraordinaire, l’image était splendide, ces deux triangles jaunes-orange qui sont apparus soudainement à nos yeux dans cet environnement nocturne d’un noir d’une grande densité.
Chaban-Delmas, lui-même ébloui par cette image grandiose, déclara alors: « Nous emporterons ces images dans notre tombe. »
Dans la vedette, on nous étions une quinzaine, quelqu’un répondit: « Monsieur Le Président, nous ne sommes pas pressés! »

 

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

 

 




 

 

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