Anthony Bourget

Les Sables-d’Olonne Vendée. Anthony Bourget s’exprime sur l’actualité et des sujets de société




 

 

INTERVIEW

 

Pandémie. Le sujet des deux derniers mois. Que pensez-vous du traitement de ce dossier fort délicat pour le Gouvernement: masques, tests, confinement et déconfinement ?
Je crois que cette pandémie est très difficile à vivre et à gérer. Car le virus est imprévisible/ingouvernable. D’abord, on a cru qu’il resterait sous contrôle en Chine. Ensuite, on a pensé qu’il se transmettait essentiellement par des patients avec des symptômes. Enfin, on a découvert que la durée de vie de nos anticorps contre le Covid-19 était très courte. Cela ne facilite pas le déconfinement et explique pourquoi certaines décisions des pouvoirs publics ressemblent, a posteriori, à des erreurs.
L’exemple, le plus frappant, étant le maintien du 1er tour des élections municipales. Le Président de la République n’a pas su dire non aux différents partis politiques. Ceux-là même qui critiquent la gestion du gouvernement, aujourd’hui, pour ne pas avoir anticipé la crise. Je le regrette car la parole publique s’est encore décrédibilisée.

 

Au nom de l’Union nationale nécessaire, l’opposition sur le sujet reste modérée. Il n’empêche, le flou artistique du Gouvernement est vivement critiquée ? Que pensez-vous de ces hésitations ?
Les hésitations du gouvernement mais aussi la cacophonie des experts, qui se contredisent sur les plateaux de télévision, participent au flou artistique. J’insiste ! Celles et ceux qui critiquent auraient été également démunis s’ils et elles avaient eu à traiter ce genre de situation. Le mal est plus profond…

Un politologue a d’ailleurs fait un parallèle avec le début de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque :
– Les Français pensaient que la guerre serait courte. Elle a duré 6 ans. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que nous avons sous-estimé le virus, en parlant d’une “petite grippe”. Et que sans vaccin, nous ne reprendrons pas le cours de notre vie tout de suite.
– Les Français pensaient avoir la meilleure armée du monde. Elle a été défaite en 1 mois. Aujourd’hui, persuadé d’avoir le meilleur système de santé, on s’étonne de ne pas avoir  assez de masques, de respirateurs artificiels, où d’importer des médicaments.

Quelle désillusion ! Il faut se poser les bonnes questions car nous avons une guerre de retard, comme la plupart des généraux de 1940, qui se croyaient encore en 1918. Et ceux qui en payent le prix, ce sont les morts, mais aussi les médecins et les soignants qui sont au front !

 

Sujet de société. Après le traitement sanitaire qui était le seul au premier plan, s’immisce progressivement la problématique de l’effondrement économique. La protection des salariés ou habitants est toujours mise en avant, mais on sent que le redémarrage économique est nécessaire. Ne risque-t-on pas de mettre en danger les gens à vouloir aller trop vite ?
Je pense que nous aurons une deuxième vague. Elle va mettre du temps avant d’être visible, donnant ainsi une fausse impression de sécurité. Le confinement nous a permis de diminuer sensiblement le taux de transmission du virus et de soulager notre système hospitalier. Seulement voilà, pour lutter contre le Covid-19, nous avons deux solutions : être immunisé ou vacciné.
Peu touchée, la Vendée n’a pas d’immunité collective. Et nous n’avons pas de vaccin. C’est une proie idéale avec l’arrivée des beaux jours.

Malgré cela, je suis convaincu que le déconfinement est nécessaire, notamment pour sauver notre économie et éviter un suraccident social ! Dépendant du tourisme, aux Sables d’Olonne, de nombreux professionnels vont faire faillite, des chômeurs partiels ne retrouveront pas leur emploi.
Ne confondons pas simplement vitesse et précipitation…

 

Questions libres:
– la reprise économique
– le monde d’après
– vos propositions
– les élections municipales

 

Comment favoriser la reprise économique ?
À court terme, la Ville et l’Agglomération ont les moyens (leurs budgets sont sains) d’aider nos entreprises :

– En garantissant leur trésorerie et en reportant leurs échéances sociales/fiscales :
La Ville peut suspendre les loyers perçus, les droits de terrasse, les taxes sur les ordures ménagères, les redevances au titre l’occupation de son espace public pour les acteurs économiques et associations faisant l’objet d’une fermeture. La Ville peut apporter son soutien aux organisateurs d’événements en dépit de leur annulation dès lors que des dépenses ont été engagées.

L’Agglomération peut mettre en place un fonds d’urgence de plusieurs millions d’euros visant à soutenir les entreprises du territoire face à l’épidémie. Notre territoire est constituée, pour majorité de TPE, auto-entrepreneurs et indépendants, elle peut apporter une aide exceptionnelle de 1 000 € par mois en cas d’éligibilité au fonds de solidarité lancé par l’Etat. L’Agglomération peut aussi reporter la collecte de la taxe de séjour afin de soulager la trésorerie des professionnels de l’hôtellerie.
Les deux collectivités peuvent également accélérer les paiements et suspendre les pénalités de retard pour les chantiers et travaux en lien avec des marchés publics.

– En favorisant la reprise du travail :
Les administrations et les entreprises doivent garantir la sécurité sanitaire des agents publics et des salariés.
La Ville peut autoriser, exceptionnellement, cet été, les travaux en centre-ville.
L’Agglomération peut apporter un conseil personnalisé aux entreprises qui le souhaitent pour la mise en œuvre du télétravail.

À long terme, la Ville et l’Agglomération doivent réorienter leurs budgets pour éviter l’explosion de leurs dettes mais surtout montrer l’exemple. Elles doivent impulser une nouvelle économie, pour diversifier l’offre Sablaise, avec les chantiers du XXIème siècle que représente le numérique et l’environnement.

L’économie, c’est une question de confiance, pas seulement de chiffres. Les entreprises ont besoin de visibilité. La Ville et l’Agglomération ont besoin d’un projet.

 

Comment voyez vous le monde d’après ?
Passionné par la cause publique, je n’ai pas attendu cette crise pour vouloir changer le monde. Je veux être lucide et sincère sur la situation. Chacun va y aller de son idéologie : les altermondialistes “c’est la faute des échanges internationaux!”, les souverainistes “c’est la faute de l’Union européenne !”, les écologistes “c’est une vengeance de la nature !”.

Cette pandémie ne changera pas durablement nos comportements, la société. Chassez le naturel, il revient au galop. Un nouveau monde est-il en train de naître sous nos yeux ? Non. Nous voyons plutôt l’émergence d’un monde plus dur et plus inégalitaire où les plus puissants sont affaiblis mais résistent mieux, tandis que les plus faibles sont, eux, durablement affaiblis et risquent l’effondrement. Le « monde d’après » connaîtra non pas un bouleversement mais un durcissement.
Nous cumulons catastrophe sanitaire, écroulement économique et troubles politiques. Et à la mesure que les crises se répètent, nous constatons toujours les mêmes carences : Nous avons délaissé la production pour la spéculation et l’innovation pour la rente.
Notre modèle économique et social ne tient plus debout. Avec une croissance faible, il provoque des inégalités et un surendettement. Nous ne produisons plus de richesses et nous espérons vivre comme des pachas ! Chacun pense pour soi, individuellement. C’est la tyrannie du court terme qui tue notre démocratie, l’idée du bien commun, de l’intérêt général et toute vision de l’avenir !

Ces constats sont valables aussi aux Sables d’Olonne où nous vivons, tels des cigales, sur nos acquis, sans se soucier des prochaines générations. C’est le serpent qui se mord la queue ! Cette crise démontre de façon éclatante la fragilité d’une économie tournée à 70 % vers le tourisme et les personnes âgées.

 

Que proposez vous ?
Ne pas attendre et avoir une véritable volonté politique. Ça commence par le local. Je l’ai écrit et dit pendant les élections municipales. Nous avons deux chances : l’environnement et le numérique. De quoi inspirer un projet collectif, relocaliser et diversifier notre économie, gagner en indépendance et en souveraineté locale (pour moins subir les soubresauts mondiaux).
Les gens ont bien compris la différence entre fin du confinement et fin de l’épidémie, ils savent qu’il y aura un laps de temps important où la vie normale ne reviendra pas. Mais ils ont peur que la société dans laquelle on vit ne change pas. Pour ma part, je souhaite que tout cela n’ait pas servi à rien.

 

Faut-il organiser le second tour des élections municipales en juin ?  (Note: sujet traité avant que le Premier ministre n’annonce la date du 28 juin 2020 pour le 2ème tour)
Pesons le pour et le contre.

Le contre.
– Le conseil scientifique propose une élection sans campagne électorale. Pas de réunions publiques, ni de marchés et un porte à porte masqué.
– Les plus de 65 ans ne devront pas être membre d’un bureau de vote. Pire encore, on leur déconseille d’aller voter.
– 15 jours avant le scrutin, il faudra tenir compte de la situation épidémiologique. Au risque d’annuler l’élection. Ce qui peut coûter cher.
– Il y a aussi un risque d’abstention et donc juridique. Le Conseil d’État peut poser la question de la sincérité du scrutin.
– Enfin, cette décision peut paraître comme un arrangement politique entre LAREM qui veut se débarrasser du scrutin (d’une la défaite) et les autres partis politiques qui veulent assurer une victoire (au rabais) favorable aux sortants.

Le pour…

 

Recueilli par 
Philippe Brossard-Lotz

Le Reporter sablais

 

 

 




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