La Roche-sur-Yon sous le feu d’enchères automobiles




Il y avait foule au 15 Boulevard Sully ce samedi 16 janvier 2016, dans un entrepôt banal du quartier Jean Yole à La Roche-sur-Yon. Aux alentours, des immeubles bien tristes aux allures de HLM de banlieues parisiennes. Les curieux s’étaient déplacés pour voir partir aux enchères un véritable trésor, le Musée Simca réuni au fil des décennies par Charles-Henri Sorin.

Charles-Henri Sorin

Charles-Henri Sorin

Beaucoup de curieux pour assister à cette vente historique, mais aussi quelques collectionneurs connus des Sables d’Olonne, du Château d’Olonne ou de Challans. Tous toujours aussi passionnés, mais pas tous acheteurs « car on manque de place. Il ne suffit pas d’acheter, il faut ensuite pouvoir entreposer dans des endroits secs et sains. » Et lorsque l’on possède déjà, comme nous l’ont dit certains, une trentaine de voitures anciennes, le garage devient donc problématique, sans compter la rénovation puis l’entretien.

Les premières enchères furent bien faibles au regard des estimations ; une Simca 5 en châssis moteur partit à 900 € pour une estimation de 1500 à 2000 €, et une Simca 1307 S Berline à seulement 350 € alors qu’elle était estimée entre 800 et 1500 €. La salle prît peur.. et sans doute surtout le Commissaire-Priseur Me Ingrid Girardot. Les troisième et quatrième numéros ne firent guère mieux, 4000 € contre 5500 à 6500 € estimés, et 3900 € contre 6500 à 8000 € estimés. « A Paris, ce serait parti bien plus haut, n’hésitent pas à affirmer quelques habitués ».
Le Commissaire-Priseur et l’expert avaient beau demander aux enchérisseurs de bien vouloir monter les enchères pour arrondir au chiffre supérieur afin de faciliter le travail du comptable, rien n’y fit ! Les enchères restèrent très poussives pendant tout le début de vente.

La suite de la vente comprenant les modèles les plus emblématiques permit de sauver la mise. Les acheteurs au téléphone ou sur internet commencèrent à s’activer. La Simca 1200 S coupé 1969 s’envola à 18.000 € contre une estimation de 11 à 14.000 € et la très recherchée Simca Océane cabriolet 1960 atteignit le record de la vente à 23.000 € pour une estimation de 18 à 21.000 €.

A noter également la Simca 8 coupé 1100 de 1939 avec sa rare carrosserie – dont il n’existerait que 7 exemplaires au monde – qui a atteint 8500 €. La rarissime Simca 8 1200 cabriolet 1950 est partie à 12.100 €, tandis que la très mignonne – bien que désuète – Simca 5 fourgonnette 1948 a trouvé enchérisseur à 4650 €.
Le cadeau de Charles-Henri Sorin à son épouse Yolande, la Simca 6 découvrable 1948, celle qui fut donc à l’origine de toute la collection, a été emportée par un collectionneur pour la somme de 6850 € contre une estimation de 3800 à 4500 €.

Simca 6 découvrable 1948

Simca 6 découvrable 1948

Dans la collection automobile, l’un des critères essentiels retenus est celui de l’état d’origine. Si la voiture a été restaurée, le charme n’est pas entier…. Et c’est pourquoi la Simca 1500 berline 1964, dans un état d’origine jugé comme incroyable par l’expert avec seulement 10.994 km au compteur, a été adjugée à 7400 € (estimation de 2500 à 3500 €). D’autres modèles ont atteints des enchères respectables, toujours en raison de leur état d’origine ou parce qu’ils avaient participé à un rallye d’inauguration du Tunnel sous la Manche ou avaient été exposés au Grand Palais lors de l’Exposition du Centenaire de l’Automobile en 1984.

Charles-Henri Sorin avec Léon Zitrone

Charles-Henri Sorin avec Léon Zitrone

Tous les collectionneurs rencontrés nous l’ont confirmé, le marché des voitures d’avant-guerre (2ème guerre mondiale) n’est plus ce qu’il était ; la nostalgie n’est plus présente car les générations actuelles n’ont pas connu ces modèles, et à part de belles Torpédo on s’intéresse moins à ces modèles qui sont en plus difficiles à conduire au sein des excursions.
La mode est donc plutôt aux véhicules des années 1950 à 70. L’exemple le plus typique dans cette vente est celui de la Simca 1000 GL Berline 1963 achetée à 5300 € pour une estimation de 1300 à 1800 €.
Ce sont donc 20 modèles qui ont été mis aux enchères ce samedi 16 janvier 2016 dont 16 Simca provenant du Musée Simca Yonnais créé par Charles-Henri Sorin, descendant d’une lignée de concessionnaires de cycles et voitures.

Les 2 ancêtres Sorin

Les 2 ancêtres Sorin

L’ancêtre, Charles Sorin, s’est installé à La Roche-sur-Yon en 1905 au 32 rue Georges-Clémenceau pour y vendre des cycles sous le nom de NIROS, ainsi que des machines à coudre et des écrémeuses. Puis il s’intéresse au marché automobile et vend les magnifiques voitures Berliet, Donnet ou Chenard & Walker.
C’est le début de la saga poursuivie par son fils Charles Sorin à partir de 1932. Celui-ci fonde le Garage Foch au 14 rue du Maréchal-Foch ; il vendra les automobiles La Licorne jusqu’en 1936 puis deviendra concessionnaire Simca-Fiat. Il fera construire un atelier de 2000 m2 au 119 route de Nantes et créera la 1ère école technique de France devenue le Lycée technique Saint-Louis.

Charles-Henri Sorin à l'époque de la concession.

Charles-Henri Sorin à l’époque de la concession.

Charles-Henri Sorin reprend les rênes en 1962 et poursuit la concession Simca. Il se fait connaître en raison de ses nombreux voyages, en Simca bien sûr, à travers le monde : la Scandinavie en 1963, l’URSS et les USA en 1965, la Turquie et l’Iran en 1966, l’Irak, la Syrie, la Jordanie et le Liban en 1968. En 1977, il crée un Hall d’exposition de 1000 m2 au 17 Bd de Sully au sein duquel il crée le Musée Simca Yonnais en y entreposant des modèles qu’il a découverts et qui sont retapés par le tôlier du garage, Jean-Luc Pajot. Il deviendra aussi plus tard concessionnaire Peugeot : en 1986, il fêtera la vente de sa 1500ème Peugeot 205.

Ch-Henri Sorin avec Jacques de Villiers pour la 1500ème Peugeot 205

Ch-Henri Sorin avec Jacques de Villiers pour la 1500ème Peugeot 205

Ce sont donc les joyaux de ce Musée Simca qui ont été mis en vente ce samedi. On imagine que ce fut un crève-coeur pour Charles-Henri Sorin de se séparer de ces véhicules. Après la vente, il nous a confié qu’il « ne pouvait plus à son âge continuer à entretenir ces voitures de collection » tenant à préciser que s’il les avait vendues « ce n’était pas du tout pour faire de l’argent » la vente s’effectuant d’ailleurs sans Prix de réserve.
Son seul souhait, a-t-il poursuivi « c’est que les acheteurs entretiennent bien ces voitures de collection, aussi bien que je l’ai fait moi-même auparavant. »

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

 
La vidéo-diaporama des voitures :




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