Xynthia - L'enfant à la rose

Xynthia 6 ans après la tragédie




Comme souvent certains veulent oublier tandis que d’autres entendent perpétuer le souvenir et rendre hommage aux victimes. Xynthia, c’était il y a six ans : loin pour certains, « déjà six ans » osent-ils ; par contre, pour ceux que la tragédie hante toujours c’était hier ! Dimanche dernier tombait un 28 février, exactement comme en 2010 ; « c’est encore plus poignant pour nous cette conjonction de dates » raconte un survivant du drame.

La cérémonie est prévue à 11h au Mémorial érigé en souvenir des victimes de Xynthia et financé par l’association Les Artistes. Une demi-heure avant, un cycliste passe en haranguant les gendarmes postés : « Encore une cérémonie, ils feraient mieux d’oublier…!  » . Et pourtant beaucoup continuent leur devoir de mémoire : une procession d’environ 200 personnes part du centre de La Faute-sur-Mer avec à sa tête les élus vendéens ; d’autres attendent devant le mémorial.

Deux d’entre eux nous apportent leur témoignage : « Nous avons été sauvés, avec mon épouse et mon fils handicapé, car nous étions dans la zone la moins touchée à droite de la route, la plus éloignée de la digue ; je me suis levé à deux reprises d’abord à 3h, puis à 4h du matin car j’ai entendu un bruit violent; j’ai pensé qu’une branche était tombée lourdement sur la maison. C’est là que j’ai vu que de l’eau s’infiltrait sous les portes dans la maison !  »
Le deuxième témoin, une femme, raconte la nuit du drame : « j’étais dans la maison avec ma mère invalide à 90% ! Avec le bruit de la tempête, je n’ai pas dormi de la nuit. Et soudain c’est l’effroi, la montée des eaux. Ma mère qui ne peut pas bouger. L’eau est montée jusqu’à la hauteur de la table. On ne pouvait rien faire, on est resté accrochées aux barreaux du lit.  » Puis elle éclate en sanglots : « On a cru que les sauveteurs nous avaient oublié car personne ne venait nous chercher. J’ai mis des tissus blancs de détresse aux fenêtres. Et enfin ce fut la délivrance. »
Elle vient juste de revenir pour habiter dans son ancienne maison à La Faute. Pendant 3 ans, le temps de la rénover, elle était partie loger ailleurs. Mais malgré le drame, elle veut revivre ici. Elle a eu la chance, elle aussi, que sa maison se situe à droite de la route, éloignée de la digue qui fut submergée. Elle vit désormais seule, sa mère étant décédée un an exactement jour pour jour après le drame : une coïncidence étonnante ! « Elle a été fortement marquée par le drame. »
2m80 - Hauteur atteinte par Xynthia

2m80 – Hauteur atteinte par Xynthia

Un drame qui a entraîné 29 décès. Sur une de nos questions concernant la survenance des décès, le premier témoin nous précise : « La digue a tenu mais c’est une énorme vague qui est passée par dessus qui a tout fracassé. C’est tellement violent que tout explose y compris les baies vitrées ; les meubles sont projetés sur les gens qui ne peuvent rien faire, recevant des chocs violents sur la tête ou qui se retrouvent compressés entre les meubles. Ceux qui arrivent à s’échapper ne s’en sortent pas forcément car ils sont emportés par les flots. »  Et d’ajouter : « Au-dessus d’un mètre d’eau, avec la force du courant on a peu de chance d’y survivre. »
Derrière nous, le vaste terrain où se trouvaient les 592 maisons est vide, une simple prairie au raz de la digue. Par endroits des monticules de sable. L’un d’eux est surmonté d’une pelleteuse : « Toutes les maisons ont été broyées, cela a duré trois années. Les monticules de sable et gravats, c’est tout ce qu’il en reste, mais la vente semble difficile car des objets personnels auraient résisté au broyage » nous précise notre interlocuteur.

Et après le drame ? Une zone noire a été déterminée par les autorités au sein de laquelle plus aucune habitation ne pouvait subsister. « Mais cela a été fait dans la précipitation sans prendre en compte les vrais risques. Des maisons qui n’avaient pas été touchées ont été inscrites sur le plan de destruction !  Des propriétaires qui étaient hors zone et qui souhaitaient partir n’ont pas pu vendre par le biais de l’indemnisation étatique. Pour nous, en raison de l’invalidité de notre fils, nous devions absolument partir et malgré les risques que nous avons subis nous nous trouvions hors zone. Il a fallu agir au plus haut sommet de l’Etat pour finir par avoir gain de cause !  » Des procédures sont en cours pour éviter les expropriations dans certaines zones ou pour obtenir des indemnisations adaptées car il est prévu que les propriétaires puissent, en cas d’expropriation, racheter un bien équivalent.
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La procession arrive, environ 200 personnes. Le Préfet de Vendée, les parlementaires vendéens, de nombreux élus sont présents. Le froid est glacial, le ciel bleu. « L’année dernière, le temps était sinistre, nous dit la sénatrice de Vendée Annick Billon qui met un point d’honneur à être présente pour rendre hommage aux victimes. Du vent et un crachin permanent durant la cérémonie. »
L’un des survivants nous précise : « Aujourd’hui, c’est exactement le même temps que le lendemain du drame en 2010. Le ciel était bleu, le froid présent. » Tout pour faire remonter à la surface les souvenirs de Xynthia.

Vidéo de l’arrivée de la procession

 

Vidéo de la cérémonie au Mémorial

 

Les familles et les élus déposent, à l’appel du commandant des pompiers, des gerbes du souvenir. Bruno Retailleau, président du Conseil régional des Pays de Loire est présent, ainsi qu’Yves Auvinet, président du Conseil départemental de Vendée ; les parlementaires Annick Billon, Yannick Moreau, Sylviane Bulteau et Hugues Fourage sont également présents ainsi que le préfet de Vendée Jean-Benoît Albertini. Tous témoignent de leur douleur en déposant une gerbe.

Xynthia - L'enfant à la rose

Xynthia – L’enfant à la rose

Peu après, un petit enfant vient déposer sur le Mémorial sa belle rose rouge. Il a sans doute lui aussi à peu près 6 ans. C’est à lui et aux jeunes des nouvelles générations qu’il appartiendra de perpétuer le souvenir d’une nuit noire.

La Presqu'île de La Faute-sur-Mer

La Presqu’île de La Faute-sur-Mer

François Anil, président de l’Avif, association des victimes, lit un poème de William Blake en hommage aux victimes où il est question des deux rives, celle de la vie et celle de la mort.

Au Casino des Dunes

Au Casino des Dunes

Un peu plus tard, les proches des victimes se sont retrouvés pour un repas en commun au restaurant du Casino des Dunes. On discute, on prend l’apéritif avant le buffet. On pourrait croire à une traditionnelle cérémonie de famille.
Il faut revenir au quotidien, ne pas se laisser enfermer dans la tragédie.
Au mur, une superbe photo de la presqu’île, avec à droite le Lay qui a débordé, à droite l’Aiguillon-sur-Mer, au sud les belles plages dont l’accès nécessite 3 bonnes heures de marche.

 

Au loin, depuis le casino, on aperçoit les hautes dunes qui forment un rempart conséquent face à la mer. Le danger ne vient pas de là mais bien du Lay et de ses digues. Et pourtant, le Lay semble si tranquille aujourd’hui ; la digue a été surélevée nous dit-on ; un peu plus loin, on peut découvrir la pointe d’Arcay avec ses chemins bucoliques ; ici et là on peut voir des parcelles de terrain avec un mobil-home au milieu de vertes prairies.
Tout est beau, calme, paisible. Un vrai coin de paradis s’il n’y avait ce maudit souvenir !

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

Vous souhaitez apporter des précisions : lereportersablais@gmail.com
Note : le 4 avril 2016, résultat du procès en appel à Poitiers – Appel des condamnations prononcées par le TGI des Sables d’Olonne.

Xynthia 2010 - 2016

Xynthia 2010 – 2016




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