Vendée Globe 2016 - Carte du 8 novembre à 9h00

Vendée Globe – La tête de course cap au sud-ouest

Après les deux empannages réalisés par Alex Thomson et Jean-Pierre Dick, nouveau cap au sud-ouest ! Les deux skippers se retrouvent désormais sur un cap identique à celui conservé par Armel Le Cléac’h. Le front de tête est donc composé de nos trois skippers sur des bateaux de dernière génération à foils. 

Vincent Riou a, lui, continué « tranquillement » sa route sur son Imoca 60, PRB, le seul à être sans foils parmi la troupe de tête. Vincent conservait une brillante 4ème place ce matin à 9h00.
Mais la vitesse avait dégringolé : Jean-Pierre Dick, en tête, ne voguait qu’à 7 nds, Alex Thomson à 12,5 nds – un peu plus rapide grâce à son choix de cap -, Armel Le Cléac’h à 5 noeuds et Vincent Riou à 4 nds seulement !
Après une course à bride abattue, les montures soufflent ! C’est dans ces vents faibles que l’on va pouvoir déterminer les bons techniciens….
En raison des empannages réalisés les trois skippers de tête, tout en étant sur la même ligne, sont espacés latéralement d’une centaine de milles, Alex Thomson sur Hugo Boss se trouvant ce matin à 90 milles des côtes portugaises.

Jean-Pierre Dick nouveau leader à 9h00
« Jean-Pierre Dick vient au passage de devenir le nouveau leader de ce huitième Vendée Globe. Un leadership encore fragile puisque les trois premiers sont proches les uns des autres en terme d’écart au classement, moins de deux milles et demi.
La stratégie de Jean-Pierre Dick et d’Alex Thomson était de tenter de glisser dans « le couloir de vent de Lisbonne », une étroite bande de pression susceptible de leur éviter les calmes de la dorsale anticyclonique qui accompagne la progression de la flotte. Sauf que la dorsale s’est couchée plus tôt que prévu sur la flotte.
Reste que Jean-Pierre Dick et encore plus Alex Thomson (encore plus loin du centre de l’anticyclone) peuvent peut-être conserver le mince espoir de glisser « dessous » et prendre la poudre d’escampette. L’espoir est infime, mais il existe.
Tous les autres espèrent évidemment le contraire. Dès qu’on a du retard, le vent qui tombe laisse miroiter d’une part la possibilité de se refaire une santé après le très exigeant début de course, et d’autre part celle de reprendre quelques milles aux leaders, par effet de tampon.  En outre, l’avantage des foilers est beaucoup moins évident dans ces conditions.
La logique voudrait donc qu’on assiste plutôt à un resserrement des écarts à chaque niveau de la flotte. La journée sera intéressante pour tout le monde et il faudra surveiller les vitesses à chaque étage du classement. En imaginant aussi les marins prendre enfin un peu de bon temps, avec des températures plus agréables, une navigation moins engagée et une mer assagie. Des moments de répit comme celui-ci font beaucoup de bien au moral quand on s’élance pour trois mois d’aventure autour du monde. Seul. » (communication M&M)
Ci-dessous, impressions de skippers
Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut)
« J’ai fait une bonne première nuit et du coup je me suis mis un peu dans le rouge donc je suis un peu fatigué mais ça ne se passe pas trop mal, je suis assez content. Pas de souci, à part un vrac en fin de nuit hier qui m’a un peu refroidi : j’avais envoyé mon petit gennaker car le vent mollissait mais un grain à 30 noeuds est rentré ! J’ai du abattre pour essayer de le rouler mais il s’est mal enroulé, ça a fait une poche… bref c’était le bazar ! Ceci dit, je suis content car aucun souci technique sur le bateau alors que la première nuit ça a envoyé du lourd avec de la grêle, des phases de molles alternant avec des grains à 35 nœuds… bref le bateau a été bien sollicité !
Ce matin j’ai 15 noeuds de vent et je suis au reaching, c’est assez cool. Je vais essayer de dormir maintenant que l’axe du DST avec tous les cargos est derrière moi. C’était d’ailleurs super galère de négocier les empannages entre le DST et la côte car il y avait des grains, des bascules de vent, des pêcheurs… J’en suis sorti depuis quelques heures et je suis vraiment soulagé car c’est enfin le large et j’ai de l’eau à courir.
Avant, on était en semi-côtier et sur les IMOCA ce n’est vraiment pas simple. Côté météo, les fichiers sont relativement optimistes. Je devrais revenir avec un peu d’air, pour ceux de devant ce sera plus compliqué. Sous J1 et GV haute je devrais avoir jusqu’à 15 noeuds de vent en fin de journée. Tout le monde devrait reprendre un peu de milles sur ceux de devant, mais n’exagérons rien : il y a plusieurs matchs dans le match et les foilers sont dans une autre dimension ! C’était écrit qu’ils allaient nous exploser dès la première nuit. Le passage de la dorsale sera peut-être un petit peu moins douloureux pour nous que pour eux, c’est tout. On va jouer la bordure de l’anticyclone puis commencer déjà à penser au Pot au Noir, je pense que les leaders y seront dès dimanche et moi lundi. Je suis en train de rentrer en mode océanique, mais en revanche je ne me projette pas trop,  je ne vais pas cocher la case : « jour 2 sur 90 » !

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Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland)
« Nous y sommes, deuxième jour en mer. J’ai le temps de contempler le monde et de repenser au départ, magique. J’ai même eu une conversation avec le Prince Albert de Monaco au sujet de sa mère, la Princesse Grace, pendant que ma fille faisait une danse irlandaise sur le pont devant les cameras de télévision… et puis là je me retrouve seul en mer, à proximité du DST du Cap Finisterre. C’est un coup de magie cette transformation subite ! Je me trouve devant ma table à cartes, un peu comme dans le cockpit d’une navette spatiale. Et c’est ici que je vais passer une centaine de jours… Je suis content d’avoir pris la décision de participer à cette incroyable course, être sur la ligne de départ était déjà une victoire. Mais en même temps, je me demande : mais bon sang! Qu’est-ce que j’ai fait? Je n’ai aucune idée de ce qui m’attend. On verra bien… »

Kito de Pavant (Bastide Otio)
« Bonjour à tous, ça glisse… Le ciel est clair et les grains se font plus rares, même si le vent reste très instable. Je rentre dans la course, je prends mes marques. Je suis prudent, peut-être trop, dans mes choix de configurations de voiles. Il y a de la tactique dans l’air à l’approche d’une dorsale anticyclonique qui va nous ralentir quelque peu. Il fait déjà moins froid que pendant la première nuit glaciale. J’ai pu dormir cette nuit et c’était nécessaire. Je profite de ce message pour remercier tous les amis qui m’ont envoyé des messages d’encouragements par centaines avant le départ et auxquels je n’ai pu répondre…. »

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Conrad Colman (Foresight Natural Energy)
« En écrivant ‘Jour 3’, je me rends compte à quel point le temps passe vite. On a eu tellement de changements de voiles dans le vent instable que nous n’avons pu faire que quelques petites siestes. On a eu droit à des grains, de la grêle, de la pluie et des rafales de 40 nœuds pendant la première nuit. Le renforcement attendu au large du Cap Finisterre ne s’est pas concrétisé et j’ai failli être englué sous un gros nuage qui aspirait tout le vent. En descendant l’étroite bande entre le DST et les côtes, j’ai croisé un équipage français qui effectuait le convoyage d’un catamaran vers les Caraïbes. Ils m’ont salué… et en imaginant le confort à bord de leur bateau, je me suis posé des questions sur mes trois mois de solitude ! Mais ensuite, en surfant à 20 nœuds, mes doutes se sont évanouis. Ce matin, le soleil est de retour et la mer est calmée. Je suis là, tout seul, avec un gros sourire face à cette mer qui s’ouvre devant moi.

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII)
Dans un message à son équipe lundi soir : « La deuxième partie de la nuit de dimanche à lundi n’était pas facile, elle a nécessité beaucoup d’engagement avec des vents oscillants entre 10 et 35 nœuds. J’ai même fait une pointe à 32 nœuds ! Pas facile de dormir, j’ai juste pu somnoler un peu. Je suis assez éprouvé par l’intensité du départ, jusque-là il a fallu être aux aguets sans arrêt. Et de nombreux bateaux de pêches espagnols n’allument pas leur AIS, il faut donc redoubler de vigilance… Mais tout s’est passé sans encombre donc je suis content. Les conditions vont être plus maniables cette nuit donc je vais pouvoir dormir et manger pour récupérer, car physiquement, là, c’était dur ! »
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