Georges Clemenceau dans son appartement parisien

Vendée – Georges Clemenceau 24 novembre 1929: la fin d’un géant politique

 


 

Clemenceau

 

Le dimanche 24 novembre 1929 disparaissait Georges Clemenceau, le Père la Victoire, à l’âge de 88 ans.

Georges Clemenceau, auréolé de gloire, passait désormais des moments paisibles à St-Vincent sur Jard.
Il se levait à l’aube pour contempler la mer et vivait tranquillement dans sa « bicoque » , une mignonne mais simple maison donnant sur un jardin côtier, au Lieu-dit Bélesbat.
Une vie bien simple pour celui qui, aux heures du péril durant la 1ère Guerre mondiale, sut conduire la France à la victoire.

Clemenceau naît en Vendée, à Mouilleron-en-Pareds, en 1841. Après de brillantes études au Lycée de Nantes,  il poursuit à Paris en faculté de médecine.
Mais, déjà la politique l’attire. Commence alors une vie qui, le destin le voudra ainsi, sera faite de victoires et de réussites prestigieuses mais aussi d’échecs.
Il faut dire que Clemenceau est un grand orateur, il sera aussi un journaliste combattant pour des causes justes. Cela l’aménera à avoir la dent dure, des mots féroces, contre d’autres hommes politiques.
C’est ainsi qu’il se construit « un cortège d’ennemis… ». Certains l’aiment, beaucoup le haïssent.

Sa vie, intense, ne sera alors qu’une suite d’événements pleinement liés à l’histoire même de la France.
Il dénonce des injustices ce qui le rend populaire. Il rédige des articles dans ses propres journaux comme La Justice ou L’Aurore. Ses positions, ses coups de griffes le font nommer « Le Tigre » et le « tombeur de ministères. »

D’abord Conseiller de Paris, il devient Parlementaire puis, en 1906, puis ministre de l’Intérieur dans le cabinet Ferdinand Sarrien (mars à octobre 1906).
Alors qu’il est à ce poste de ministre, il réforme la police et crée les fameuses « Brigades du Tigre. »
Puis il devient Président du Conseil (oct. 1906 à juil. 1909 et de nov. 1917 à janv. 1920).
C’est lors de la seconde période, à partir de novembre 1917 qu’il va connaître un destin remarquable.

 

Le Tigre – Clemenceau

La guerre ! Il la pressentait, mais il est prêt et « empli d’une confiance inébranlable. »
On est venu le chercher, il est populaire et sa légende commence seulement. Bientôt le nom de Clemenceau sera synonyme de victoire.
Il dirige à Paris, mais va sur le front pour soutenir les troupes, les Poilus de la grande guerre. Il prodigue ici ou là les conseils, prend les décisions qui vont changer la défaite en victoire.
On le voit même dans les tranchées.
Il a nommé le Général Foch, qui conduit les troupes à la victoire. Le 11 novembre 1918, c’est enfin la victoire, l’Armistice.
Les Poilus et les Français acclament cet homme à la grande moustache blanche qui passe pour un vieillard; il a 77 ans. Ses ministres, venus le féliciter, le retrouvent « assis devant son bureau, le bonnet de police sur la tête…en train de pleurer. »
Le Traité de Versailles est signé le 28 juin 1919.

Il quitte la politique et se retire
« Il ne lui manquait plus que d’être porté à la Présidence de la République… Mais cette ingratitude dont on a dit qu’elle était la marque des peuples forts lui refuse le siège de premier magistrat de la République qu’il briguait sans illusion.
Alors, dans un mouvement d’une noblesse hautaine, il se retire, renonce à tout ce qu’il avait adoré, et se réfugie au pays natal dans une solitude qu’il rompra seulement pour adresser un suprême et retentissant appel à la générosité de l’Amérique au nom des souvenirs communs et de la justice. Sa tâche est finie. En vain l’Académie française l’élira-t-elle – il était déjà membre de l’Académie de médecine – son fauteuil reste vide sous la coupole.
On n’entendra jamais son discours de réception. La mort l’a saisi pour lui ouvrir les portes de l’Histoire. » (Sources: Le Petit Journal – 1929)

Michel Clemenceau

 

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La mort l’a saisi pour lui ouvrir les portes de l’Histoire
C’est dans la soirée du vendredi 22 novembre 1929 que Georges Clemenceau commença de perdre connaissance.
« Il prononçait des paroles sans suite, puis reprenait la maîtrise de sa pensée, puis délirait de nouveau. (…) Les phases de lucidité devinrent de plus en plus courtes.
La dernière se produisit alors que, près du lit, (…) se trouvaient assemblés son fils Michel Clemenceau, Albert son valet de chambre, Brabant son chauffeur, et la soeur Théoneste qui avait soigné naguère le président lorsqu’il avait été opéré à la Clinique de la ru Bizet et à laquelle il s’était attaché. Georges Clemenceau ouvrit les yeux, regarda fixement l’un après l’autre chacun des assistants, comme sortant d’un rêve, reprenant contact avec la réalité, les reconnaissant tous après une longue séparation. Ce fut la petite soeur Théoneste d’abord, puis Michel. La tête tourna légèrement et le regard du moribond se posa sur Albert, et y resta. Le visage de Georges Clemenceau, alors, se crispa. La bouche s’ouvrit, les lèvres remuèrent, les yeux reflétèrent comme une supplication, tandis que le corps, le buste, les mains, appesantis par la maladie semblaient vouloir se porter en avant, vers le fidèle serviteur.
Albert, obéissant à une impulsion irrésistible, s’approcha. Alors, le mourant, avec une force qu’on n’eut pu soupçonner, s’empara d’une main du vieux valet de chambre, étranglé par l’émotion, la porta à ses lèvres et l’embrassa.
Puis, le regard de Georges Clemenceau se posa sur Brabant, appelant visiblement le chauffeur comme il venait d’appeler le valet de chambre. Lorsqu’il fut près de son lit, Clemenceau lui prit aussi la main, l’appliqua contre sa rude moustache, et la baisa. Brabant sanglotait. Il s’abattit sur la poitrine de son vieux patron et, éperdument, l’embrassa. »  (Sources: Le Petit Journal – 1929)

Ce furent les derniers gestes conscients de celui que ses coups de patte féroces avaient, jadis, fait surnommer Le Tigre.
Quant aux dernières paroles exprimant une sensation certaine, Clemenceau les prononça le samedi matin. Le médecin lui faisait un piqûre d’huile camphrée afin de stimuler les fonctions du coeur. Mais, choc en retour de l’administration de ce stimulant, le malade assoupi jusque là ressentit de nouveau la douleur qui l’avait précédemment torturé.
« Son visage exprima la soufrance et il s’écria, s’adressant au praticien, et le regardant avec reproche:
– Arrêtez, arrêtez !
 »

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Puis, la douleur s’apaisa. Clemenceau retomba dans le coma dont il ne devait plus sortir.

L’annonce de la mort
Peu après que la nouvelle de la mort se fut répandue au dehors, la porte de la rue Franklin s’ouvrit et M. Jacquemaire, son petit-fils, apparût.
S’adressant aux journalistes, qui attendaient devant l’immeuble, il prononça ces mots laconiques:
« Messieurs, j’ai la douleur de vous apprendre que M. Georges Clemenceau est décédé à deux heures moins le quart. »

Malgré le chagrin qui l’accablait, le petit-fils du grand homme d’Etat donna encore quelques détails sur les derniers instants.
« – M. Clemenceau s’est éteint doucement, ajouta-t-il. Lorsque nous avons vu que le dernier soupir était proche, nous avons fait appeler le docteur Laubry, mais il est arrivé trop tard et n’a pu que constater le décès. »
(…) Quelques minutes se sont à peine écoulées et c’est le peintre René Godard qui arriva rue Franklin. Il s’installa près du lit et commença aussitôt à prendre des croquis de celui qui fut le « Père la Victoire. »
Aussitôt le décès constaté, la toilette de la dépouille de M. Clemenceau a été faite. L’ancien président du Conseil reposait revêtu d’un complet gris, chaussé de chaussons noirs et coiffé de l’historique bonnet de police.

« Vers 2h30, le peintre René Godart quitta la rue Franklin car le mauvais éclairage l’a obligé à renoncer à travailler durant la nuit. Il reviendra dès le lever du jour.
Le lendemain, également, porteur d’une valise contenant ses instruments de travail, arriva le sculpteur Sicard venu pour prendre le masque mortuaire de l’ancien président du Conseil.
Au bout d’un certain temps, il ressortit portant avec précaution, enveloppé de linge mouillé, le moulage du masque de Georges Clemenceau. »  (Sources: Le Petit Journal – 1929)

Pas d’obséques nationales
Après avoir salué deux jours auparavant la dépouille mortelle de Clemenceau, le président du Conseil Tardieu fit connaître à Michel Clemenceau les désirs du Gouvernement de faire à son père des obséques nationales.
Michel Clemenceau répondit à M. Tardieu que les dernières volontés de son père ne lui permettaient pas d’accepter l’offre du Gouvernement. Les obsèques garderont en conséquence un caractère purement privé.

Les volontés de l’illustre homme d’Etat s’opposant à toute cérémonie à ses obséques, le corps partit dans la nuit du 25 au 26 novembre 1929 en automobile pour la Vendée où il fut inhumé à Mouchamps près de ses parents.
C’est dans un petit bois où reposait son propre père que Georges Clemenceau fut enterré.
La tombe fut recouverte d’une pierre que Clemenceau avait rapportée lui-même de Grèce et sur laquelle ne figura, selon les volontés de Georges Clemenceau, aucune inscription.

 

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

 

 

 

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