Ces soupiraux sablais qui se réveillent le temps d’un été….

La définition classique d’un soupirail (pluriel soupiraux) est une « ouverture pratiquée à la partie inférieure d’un bâtiment pour donner un peu d’air et de lumière à un local en sous-sol. » Cela n’est pas faux mais leur création a aussi parfois eu une raison utilitaire tout autre. Suivez-nous dans les rues des Sables d’Olonne et acceptez le temps d’une balade de baisser la tête et d’ouvrir les yeux vers des soupiraux que vous n’aviez même pas remarqués!




Les Sables d’Olonne a été un grand port de pêche, dont les marins chassaient les sardines près du littoral, ou beaucoup plus loin la morue de Terre neuve. Une pêche de subsistance absolument nécessaire pour nourrir toutes les familles. Certains marins ont péri en mer pour assurer cette tâche. Maraîchers et paludiers furent également des métiers pratiqués au sein des familles. Puis la pêche a périclité.

Tourisme des Bains de Mer
Heureusement, le tourisme des bains de mer a progressivement pris le relais. Une véritable chance pour des Sablais qui, à l’origine, restèrent assez indifférents à ces nouveaux venus, ces « étrangers » des autres provinces françaises…
Les Sables d’Olonne était leur destination, parfois pour raisons médicales comme de nos jours on fait une thalassothérapie. Ou plus simplement, en villégiature, afin de bénéficier de la brise de mer durant les deux mois chauds de l’été.

Jardinières se rendant au marché des Sables d’Olonne

Comme d’autres ailleurs, les Sablais les plus défavorisés vivaient chichement, comme ces « jardinières » au marché des Halles en vendant légumes et fruits de saison transportés à dos d’âne à travers les petites ruelles sablaises. Alors tous les moyens étaient utilisés durant la courte saison estivale pour trouver des revenus complémentaires afin d’assurer sa survie les dix autres mois de l’année.
Parallèlement aux activités commerciales habituelles, hôtels, pensions de famille, casinos, glaciers, restaurants, bal et soirées, promenades à dos d’âne sur la plage, parcs d’attractions, mini-golf et activités sportives, s’est développée la location saisonnière particulière. L’airbnb avant l’heure…!

Quelques exemples de soupiraux conservés ou transformés – Cliquez sur les photos pour agrandir

Le rituel du déménagement saisonnier…
A cette époque – avant 1970 – la location saisonnière marchait très bien et les Sablais louaient le plus souvent de juin à fin septembre. Quatre bons mois de revenus. Mais pour assurer les revenus les plus élevés, il fallait fournir aux estivants la partie de la maison la plus alléchante. Alors dans le courant du mois de mai se déroulait un rituel immuable : les Sablais quittaient l’étage de leur maison, souvent construite sur la dune, et le temps d’une saison descendaient vivre au sous-sol. Humides, non chauffées, peu aménagées, ces pièces étaient cependant vivables pendant les mois d’été.

Les soupiraux sablais se réveillaient le temps d’un été.
Progressivement cette pratique s’est généralisée et même des propriétaires que l’on pourrait qualifier de « bourgeois » s’y mettaient. C’est que les montants des loyers les y incitaient. Certes, ils ne descendaient pas tous occuper le sous-sol comme cela se faisait auparavant, mais même sur le remblai, des villas – certaines ayant été auparavant des pensions de famille – voyaient leurs propriétaires louer les soupiraux pour en tirer des revenus.
La pratique existe toujours, surtout au mois d’août où la demande est très forte. A l’approche de l’été, de nombreuses maisons secondaires, fermées toute l’année, se prennent à revivre. On découvre, soudainement, des volets qui maintenaient jusqu’ici une obscurité permanente, ouvrir leurs paupières afin d’arroser toutes les pièces de la lumière éblouissante de la Côte de Lumière.  Et, si d’aventure l’on y prête attention, l’on peut voir de ces soupiraux aménagés sortir des estivants qui semblaient s’y être terrés.
Les transformations prennent diverses formes : portes, sorties, barreaux, carrés de vitres, bois, grilles, ouvertures à volets etc… Le plus souvent, le soupirail de petite taille a été agrandi pour assurer un passage ou pour être transformé en fenêtre.

Cliquez sur les photos pour agrandir (Photos: DR)

Un stockage de charbon
Sur le plan de la conception architecturale, la création des soupiraux a parfois eu une raison utilitaire tout autre que d’apporter de l’air ou de la lumière, et cette raison est souvent méconnue!
Bien avant le chauffage central, c’est au charbon que l’on se chauffait. Et il fallait bien entreposer ces morceaux noirs et sales qui allaient alimenter le poêle à charbon. Une des pièces du sous-sol servait donc à cet entreposage et, pour éviter que la poussière de charbon n’envahisse la maison et afin de faciliter les livraisons, au bas de chaque maison se trouvait un soupirail permettant aux livreurs de déverser les charbons à la pelle (voir les trois photos ci-dessus).
Avec les constructions modernes les soupiraux disparaissent progressivement, mais on en trouve encore beaucoup dans le centre-ville, notamment sur le Remblai, rue Nationale ou rue du Palais, entre autres.
Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais




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