Les Sables d’Olonne Vendée. Hommage. Il combattait pour des idéaux: l’Ecole du Centre portera le nom de Marcel Hordenneau




 


Inauguration de l’Ecole Marcel Hordenneau

L’Ecole du Centre portera désormais le nom de Marcel Hordenneau

Après le collège qui a pris le nom de Pierre Mauger, c’est l’école attenante qui porte désormais le nom de Marcel Hordenneau. Deux personnalités sablaises qui se sont illustrées dans la Résistance, dans des conditions différentes – Résistance et déportation -, mais dans des luttes ô combien nobles durant ces périodes difficiles.
Pierre Mauger est là, parmi nous, pour faire l’éloge de son « compagnon d’armes ».
Des élus sont venus aussi témoigner combien le rôle de Marcel Hordenneau fut important durant ces dernières décennies, en allant porter témoignage dans de très nombreux établissements scolaires.
Des témoignages forts, poignants, qui ont marqué la plupart de ces jeunes enfants et adolescents, mais qui s’accompagnait toujours d’un message de paix, d’un message d’espoir pour l’avenir.

Prirent la parole, Dominique Hordenneau, fille de Marcel, qui a montré à maintes reprises et ajourd’hui encore lors de cette inauguration en date du 10 décembre 2021, l’attachement et l’amour qu’elle porte à son père. Son message en est la preuve intime.
Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée, a montré par sa présence combien il était sensible au rôle qu’avait joué Marcel Hordenneau grâce à un message pédagogique auprès des jeunes.
Le maire des Sables d’Olonne, Yannick Moreau, a rencontré à de nombreuses reprises Marcel Hordenneau; le premier fut maire d’Olonne-sur-Mer, et le second natif de cette commune. Il connaissait ses mérites et on l’entendra dans les vidéos ci-dessous faire l’éloge de Marcel.
Quant à Pierre Mauger, – ancien député-maire des Sables d’Olonne -on l’a dit plus haut, c’était son frère de Résistance. Ils faisaient tous deux partie de l’Amicale sablaise des anciens déportés.

L’Ecole qui porte désormais son nom
Elle fut créée il y a près de 220 ans en 1802. Il s’agit du premier établissement scolaire public de la Ville.
Elle fut, comme c’était souvent le cas à l’époque, une école pour apprendre à tricoter aux jeunes-filles, et aussi une « salle d’asile ». Elle n’a jamais cessé de fonctionner y compris durant l’Occupation durant laquelle elle subit des dégâts matériels. Enne bénéficia dans les années 50 de nouveaux locaux, adaptés et confortables.
Elle est, depuis des décennies, un lieu actif et dynamique de la vie sablaise.
Bien qu’elle portât un nom adapté, en raison de sa position géogrpahique, l’Ecole du Centre méritait qu’on lui donne un nom « porteur d’un sens plus profond ».
Le nom de la personnalité éminente qu’était Marcel Hordenneau, qui nous a quitté le 20 avril 2020 à l’âge de 97 ans, relevait de l’évidence pour cette école. « cette flamme de la transmission, qui est la raison d’être de cette école, ne pouvait trouver plus belle incarnation que Marcel Hordenneau ».

Le souvenir d’une figure locale au destin hors du commun
Le 2 avril 2021, le Conseil municipal a voté à l’unanimité en faveur de cette dénomination (NDLR: tout le monde ne le sait pas, mais Marcel Hordenneau fut en son temps conseiller municipal de la Ville en charge des Finances, de 1959 à 1963).
A travers cette décision, c’est l’ensemble des Sablais et Sablaises qui ont souhaité rendre hommage à cet homme qui s’est dévoué tant d’années auprès des jeunes.
Marcel Hordenneau est né à Olonne-sur-Mer. Il est le fils unique de Charles et Célina. Il accompagne ses cousins de la Bréchoire lors des vendanges, et tisse une relation affective avec son cheval « Bijou » qui paît dans les marais salants. « L’enfant du Moulin de la salle » connaîtra un destin hors du commun en se retrouvant prisonnier d’une guerre qui le dépasse et qui brisera sa jeunesse.
A l’âge de 21 ans, alors qu’il est apprenti maraîcher, il est envoyé en Allemagne, à Stettin, pour effectuer le Service du Travail Obligatoire (STO) instauré pour l’ennemi.
Jeune résistant, il prit des risques en écoutant Radio-Londres et en écrivant dans les toilettes de sa baraque « Vive de Gaulle ».
Déporté, il fut enfermé dans les geôles nazies, et seule la providence lui permit d’éviter de subir la peine capitale.
Après les tourbillons de l’Histoire, son caractère forgé face au fatalisme et dans la lutte contre la mort, Marcel Hordenneau a choisi de partager haut et fort ce qu’il avait vu pour qu’à jamais, la vérité et l’amour triomphent, pour porter autour de lui un message d’Espérance.

« A l’évidence, toutes ces raisons justifient amplement que son nom soit inscrit ay frontispice de cette école, à quelques pas de ce collège qui porte le nom de Pierre Mauger. Le symbole est fort. Compagnons pour la postérité, d’infortune et de résistance à la barbarie, compagnons et voisins pour l’éternité sablaise, Pierre Mauger et Marcel Hordenneau sont et seront au centre de la vie de la cité ».

Un repère pour tous les jeunes Sablais
Mais la raison principale qui a motivé notre décision de donner le nom de Marcel à cette école, c’est qu’il devienne un repère pour tous les jeunes Sablais.
« En rebaptisant cet établissement du nom de MarceL Hordenneau, nous offrons à tous les écoliers un exemple à suivre. »
Victor Hugo écrivait dans « Les Quatre vents de l’Esprit » « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. »
De son vivant, Marcel Hordenneau n’a cessé d’être une boussole pour la jeunesse. A partir de 2005, ses innombrables témoignages dans les écoles ont durablement marqué ceux qui ont écouté cet ardent défenseur de la paix et promoteur acharné de la fraternité.
Un homme qui s’est dévoué jusqu’à son dernier souffle pour ses idéaux.

 

Inauguration

 

Dominique Hordenneau

 

Bruno Retailleau

 

Pierre Mauger

 

Yannick Moreau

 

 

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais



Un livre témoignage pour que cette mémoire ne s’éteigne jamais !
Un livre de 140 pages vient d’être édité par le CVRH de la Roche-sur-Yon.

 

Les Sables d’Olonne Vendée – Marcel Hordenneau

 

En vente dans toutes les bonnes librairies, il s’agit d’un ouvrage exceptionnel, d’une grande richesse morale et émotionnelle.

Absolument à lire, un témoignage d’un très grand intérêt, notamment pour la jeunesse d’aujourd’hui.

« Survivre… Témoigner… « Comment aurais-je pu penser, en 1940, que l’apprenti maraîcher, avec ses petits drapeaux tricolores en papier au guidon de son vélo, serait 80 années plus tard un survivant des camps de la mort et un témoin auprès des jeunes du plus effroyable génocide du siècle dernier ? » Ainsi s’interroge Marcel Hordenneau, président de l’Amicale Sablaise des Déportés, un des derniers témoins de ces événements effroyables qui frappèrent des millions de personnes. Le vieux monsieur qui nous parle dans ce livre, et qui va inlassablement porter son témoignage devant les jeunes générations, est aussi le jeune déporté squelettique, affamé, rongé par la tuberculose du terrible hiver 1944-1945 ; celui qui subissait les interminables appels du matin et du soir sous la neige, grelottant de froid pendant que les gardiens comptaient les vivants et les morts. « À chaque appel, insiste Marcel Hordenneau, je pensais : demain ce sera moi ! »

 



A lire aussi, ou à relire ci-dessous, l’article que nous avions consacré à Marcel Hordenneau.

Marcel Hordenneau a présenté une conférence au Collège Bourgenay, rue des Religieuses aux Sables d’Olonne, dont l’établissement est dirigé par Serge Daniel depuis 2012. Il est coutumier de ces conférences auprès de nombreux établissements scolaires au Pays des Olonnes et en Vendée, et qui permettent d’apporter un éclairage remarquable sur les périodes difficiles de la 2ème Guerre mondiale. Un témoignage précieux venant de cet homme de 94 ans et que les élèves ont écouté avec beaucoup d’attention.

Il pourrait tenter de passer pour un héros. Pas du tout. Marcel Hordenneau est resté humble, simple et son discours respire l’honnêteté. Pas de discours excessif pour tenter de se faire passer pour un grand résistant. A l’époque qu’a connu Marcel Hordenneau, les héros étaient plus souvent morts que vivants. D’ailleurs lui-même s’étonne d’être encore vivant : dans le camp allemand où il fut interné, tous les matins manquaient à l’appel ceux qui étaient morts dans la nuit et il pensait alors être rapidement sur la liste: « A chaque appel, je me disais demain ce sera moi, tiré dans une petite charette! »
Le destin en a décidé autrement et il est toujours là, à 94 ans. Malgré son âge, Marcel Hordenneau continue à avoir une activité débordante, gardant des contacts avec de nombreuses personnes, recevant des témoignages, gérant un site, participant à la publication de revues etc…
Comme si une mission lui avait été assignée, il transmet régulièrement dans de nombreux établissements scolaires un message pédagogique aux nouvelles générations d’élèves pour que plus jamais cela ne recommence.

Marcel Hordenneau – Ecole de Bourgenay – Les Sables d’Olonne

Cliquez sur la photo pour agrandir

Soixante douze après, il est là, à témoigner du cauchemar de ses 20 ans !
Sa jeunesse commence à Olonne-sur-Mer où il avait suivi sa scolarité à l’Ecole primaire St-Joseph. Et puis c’est l’invasion allemande: « J’avais assisté, humilié, à l’arrivée des Allemands aux Sables d’Olonne. J’étais seul avec ma mère, au village de La Salle d’Olonne-sur-Mer, car mon père avait été mobilisé comme infirmier à l’hôpital de Nantes. »
Il devait sans doute montrer des velléités de résistance car sa mère lui dira alors: « Surtout ne fais rien car on te prendrait, et je me retrouverai toute seule! »  Au travers du récit de Marcel Hordenneau, on sent un certain tiraillement entre les suppliques de sa mère et le désir de redonner son honneur à son pays.
Marcel Hordenneau poursuit son récit: il fait connaissance avec un certain Gachelin, un fonctionnaire disant avoir des contacts avec les réseaux clandestins. En attendant d’aller plus avant, Marcel se contente d’écouter Radio-Londres, ce qui était déjà punissable par les Allemands, ainsi que de faire des blagues qui pouvaient coûter cher: « Les sous-officiers Allemands venaient dans un café au village de La Copinière et on avait mis du goudron sur toutes les selles de leur vélo… »

Le service du travail obligatoire : STO
Il a 21 ans et malgré la guerre, c’est encore l’âge de l’insouciance. Mais en 1943, toute la « classe » des 21 ans français est astreinte a une obligation qui n’en faisait pas rire beaucoup: le Service du Travail Obligatoire (STO) qui obligeait les jeunes à s’exiler en Allemagne pour des sortes de travaux forcés au bénéfice de l’économie de guerre allemande.
Marcel n’envisage pas du tout d’accomplir le STO, mais en restant sur place il risque d’être dénoncé. Son père, infirmier, ayant pu revenir de Nantes, Marcel songe donc à nouveau aux réseaux clandestins.
Il retourne voir le fameux Gachelin afin d’obtenir une planque, mais sans résultat. Deuxième piste, la copine de Marcel: son oncle possède un café à Quimperlé qui pourrait constituer une étape avant d’aller vers Londres. Voilà donc Marcel parti vers Quimperlé. Mais il fait chou-blanc: la tante, craintive et consciente du danger de loger ce rebelle vis-à-vis des Allemands, s’inquiète à l’excès. De plus, aucune piste ne lui permet d’intégrer une filière clandestine. Alors sous la pression de l’oncle de sa copine, Marcel, dépité, préfère revenir à Olonne. Troisième piste, un certain Emile Marchand dit Milo, un voisin cheminot, qui venait régulièrement chercher chez ses parents des victuailles et qui affirmait alors faire partie du réseau des cheminots.

22 juin 1943: départ pour le STO
La date de départ pour le STO est programmé au 22 juin 1943. Ce jour-là, Marcel prend le train pour Montparnasse avec un groupe de jeunes de la « classe » des 21 ans, mais Milo qui devait l’extirper n’est pas présent au rendez-vous ! Voilà donc Marcel en partance bien malgré lui pour l’Allemagne avec une première halte à Stettin (Allemagne – désormais Szczecin en Pologne), lieu d’une grand base navale de sous-marins (Mer Baltique).
– « Ce n’était pas un vrai camp, on pouvait écrire, on recevait des colis précise Marcel, et mon travail consistait à enlever de la limaille sur des pièces de sous-marin. »
Malgré une certaine liberté, nous sommes en 1943, en pleine guerre, et pourtant Marcel reste frappé par l’inconscience ! Ainsi, il va jusqu’à envoyer des courriers non codés à Gachelin en y mentionnant les noms et identifiant des sous-marins se trouvant à Stettin ! Et il écrit dans les toilettes des slogans du genre « Vive de Gaulle » ou « A bas Hitler » !
Le 10 octobre 1943, à peine quatre mois après son arrivée au camp du STO, trois personnes en long imperméable gris rentrent dans la baraque où il loge et lui mettent les menottes. C’est la Gestapo ! Et voilà Marcel mené dans un cachot à la prison de Stettin où il va découvrir les affres des interrogatoires de l’ennemi.

L’île des Pingouins par Anatole France

Dans les geôles de l’Allemagne nazie, son voyage au bout de la nuit…
Au fond de son cachot, Marcel commence à avoir peur, il pleure, tremble… Puis vient le temps de l’interrogatoire. Un projecteur dans les yeux, il reçoit une volée de coups. Retour au cachot, mais les jours qui suivent la pression psychologique s’accentue: avec un rasoir à main, on lui entaille le mollet; on le fait balancer dans le vide comme un animal, attaché à une poulie au moyen d’un crochet passé dans sa veste. Puis, il subit des coups de cravache plombée! Sans doute évanoui, il ne se voit pas revenir au cachot dans lequel il reprend doucement ses esprits.
On lui rase les cheveux et on lui fait enfiler l’habit des détenus. Il subit deux interrogatoires par semaine dont certains par la Gestapo. Au milieu de cette désespérance, l’interprète en fonction venait lui rendre visite dans son cachot et lui apportait même des livres en français. Marcel se souvient de l’un des titres: « L’île des Pingouins » d’Anatole France (NDLR: paru en 1908, ce roman est le reflet de l’histoire de France, de la condition humaine et de l’évolution de la société).

Si vous croyez en Dieu, vous allez en avoir besoin
Noël 1943. Deux jours avant Noël, l’interprète allemand rentre en pleurs dans le cachot où se trouve Marcel, l’air désespéré: « Croyez-vous à l’éternité ? Croyez-vous en Dieu ? »  Un peu surpris, Marcel acquiesce vaguement sans trop savoir quoi répondre, le catéchisme étant assez lointain pour lui.
Puis il ajouta: « Si vous croyez en Dieu, vous allez en avoir besoin car tous les chefs d’accusation retenus contre vous sont passibles de la peine de mort. »
Marcel est effondré. Il a alors besoin de se rattacher à quelque chose; il prélève un morceau de bois de semelles de galoches pour réaliser une petite croix qu’il garde précieusement dans sa poche. Il va en avoir besoin: à l’époque en Allemagne, la peine de mort pouvait être la décapitation, à la hache, la tête sur un billot.
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L’acte d’accusation contre Marcel Hordenneau

Nous n’allons pas dévoiler ici toute l’histoire de Marcel Hordenneau, les épisodes dans les camps, le procès, la maladie, les souffrances, les deuils….et le retour à la rencontre de ses parents.
Vous pourrez écouter cela lors de ses conférences ou lire ses témoignages sur: www.deportessablais.fr et  http://facebook.com/marcel.hordenneau

Nous nous limiterons à retenir que les moments qui ont suivi l’annonce d’une possible peine de mort ont dû être particulièrement éprouvants pour Marcel et que, là devant nous et devant les élèves, se trouve un rescapé de la barbarie nazie qui a échappé de justesse à la mort.
Nous ajouterons que, dans une brochure qu’il a fait paraître, dont le titre est « Dans les geôles de l’Allemagne nazie, mon voyage avec la mort et avec ceux qui allaient mourir » Marcel Hordenneau a publié un poème de sept strophes.
Voici la deuxième qui montre que les souffrances psychologiques sont toujours présentes: « Dans les nuits d’aujourd’hui, des images me hantent – Des squelettes qui tombent sous des fusils braqués – Des uniformes noirs, des hydres grimaçantes – Continuant de frapper tous ces corps décharnés. »
Quant à la septième strophe, la voici: « A nos amis allemands – Amis, dans le passé des folies meurtrières – Nous ont fait sacrifier les plus beaux des enfants – Nous les avons enfouis sous les morceaux de terre – Que nous nous disputions – Ensemble, plus vite encore, construisons cette Europe – Elle sera la nation commune de demain – Nos enfants danseront, joyeux, sur cette terre – De Berlin à Paris, de Paris à Berlin. »

Peut-on accorder le pardon après tant d’atrocités, de souffrances, de massacres ? Je n’ai pas la réponse et je n’ai pas posé la question à Marcel Hordenneau. Toujours est-il que dans ce poème, à la septième et dernière strophe, Marcel délivre un message d’espoir au travers de la construction de l’Europe. Les tenants politiques de l’Europe mettent souvent en avant le fait que la construction de cette dernière a permis d’enrayer les guerres sur ce continent.
En tout cas, le message de Marcel Hordenneau auprès des jeunes scolarisés aura permis de leur ouvrir les yeux sur les épisodes tragiques de cette Europe.
A eux d’en tenir compte pour maintenir la paix et construire celle de demain.

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

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