Naufrages aux Sables d'Olonne

Les Sables d’Olonne – Cent ans après les mêmes drames de la Mer

Les Sables d’Olonne – Cent ans après les mêmes drames de la Mer

 


 

Cent après les mêmes drames de la Mer, le même émoi, les mêmes douleurs et des polémiques similaires…
Des horaires identiques, le même nombre de victimes, des bourrasques de vent surprenant les plus aguerris…des marins sauveteurs qui font leur devoir.

La Vendée Républicaine du 22 avril 1911.

« Le naufrage de l’Aimé-Gustave – Trois victimes

« La mer a fait trois nouvelles victimes aux Sables d’Olonne. Les circonstances dans lesquelles le drame très court s’est accomplit ont suscité le plus vif émoi au milieu de notre population maritime, si souvent et si durement éprouvée.
Mardi, vers onze heures du matin, une bourrasque de vent, d’une rare violence, se déchaînait sur la mer. les canots et les barques, au large, se hâtèrent de regagner le port.
De nombreux curieux suivaient, pleins d’angoisse, les manoeuvres effectuées et rendues difficiles, non seulement par le moutonnement des flots mais encore par le courant déterminé entre les jetées par un mouvement d’eau effectué par ordre de l’administration des Ponts et Chaussées, à l’effet de placer un caisson destiné à la réfection du quai de la Poissonnerie.
Quatre barques ou canots arrivaient à la file, parmi lesquelles se trouvait l’Aimé-Gustave, n°1914.
Ce canot était monté par MM. Pitre Buchoux, âge de 46 ans, son fils Aimé, âgé de 13 ans et Auguste Milcent, âge de 59 ans.
Arrivé à 150 mètres environ de la petite jetée, l’Aimé-Gustave, gêné par le flot dans sa manoeuvre d’entrée, vira de bord et reprit le large. Il refit, lentement, et durement balotté, la route déjà parcourue. Puis on le vit, balayé soudain, et aux trois quarts empli par un paquet de mer, disparaître presque complètement. Pendant quelques instants il surnagea et tout d’un coup, piquant du nez, il sombra dans les flots.
M. Auguste Milcent avait été jeté par dessus bord. Maitre Pitre Buchoux avait saisi son fils dans ses bras et s’était cramponné au mât qui émergeait.
Le drame fut terrible en face des spectateurs impuissants. Admirable d’amour paternel, Pitre Buchoux qui, excellent nageur, aurait pu se sauver peut être, n’a pas voulu abandonner son enfant. Le tenant étroitement serré contre lui, il se cramponnait au mât où la mer venait l’assaillir, les lames frappant et recouvrant incessamment le groupe tragique du père et du fils enlacés.
De la jetée un filin fut jeté que les malheureux ne purent pas saisir. En vain des canots, montés par de courageux sauveteurs, furent mis à la mer et se hâtèrent vers le lieu de l’accident. Où ils arrivèrent trop tard ou l’état de la mer ne leur permit pas d’atteindre le but avant que la catastrophe soit accomplie.
Un coup de mer plus violent ! La lassitude ! Le froid ! Pitre Buchoux et son précieux fardeau s’abîmèrent dans l’eau furieuse. C’était fini. La mer avait pris ceux qui le matin même s’était confiés à elle.
En vain, de braves marins, parmi lesquels il faut citer Louis Hervouet, Athanase Brochet, Gédéon Poiraud, Henri Cuisiat, Martial Gallais, Albert Buteau, d’autres encore dont les noms nous échappent firent tous leur devoir. Ils furent impuissants à réaliser l’oeuvre de sauvetage qu’ils voulaient accomplir. Leurs malheureux camarades étaient irrévocablement perdus. Le corps du jeune Aimé Buchoux a été retrouvé ce matin sur la plage, en face l’Hôtel de la Comète; la mer n’a pas encore rendu celui du père.
Notons que le jeune Aimé Buchoux sortait en mer pour la première fois. Ajoutons que les trois victimes jouissaient de l’estime et de l’affection de tous ceux qui les connaissaient. Le corps de M. Milcent a été retrouvé près de la bouée du Nouch, quelques instants après ce terrible drame, par le Jeune-Victorine, patron Charles Jomeau.
Ses obsèques ont eu lieu jeudi soir au milieu d’un grand concours de population. Nous avons remarqué la présence de MM. Paisant, sous-Préfet, Gourmelon, administrateur de la Marine, Moulin-neuf, maire de sainte Foy, Lesegrétain, receveur des Finances, etc, etc. »

Les responsabilités
« Au lendemain des catastrophes, il est d’usage de chercher les causes du malheur.
En la circonstance, la mer démontée est la grande responsable, n’en déplaise à ceux qui cherchent un peu partout des responsabilités.
Les uns disent: « C’est le courant de l’avant-port! ». or, les vannes étaient levées avant le commencement de la tempête et on n’ignore qu’elles ne peuvent être refermées avant l’écoulement complet des eaux.
On a mis en cause, à cette occasion, la Société ostréicole du Bassin des Sables d’Olonne. Nous recevons la note suivante que nous insérons bien volontiers:
« la Société ostréicole du Bassin des Sables d’Olonne proteste énergiquement contre certains bruits circulant parmi la population maritime des Sables et de La Chaume, nous attribuant une part de responsabilité dans le naufrage du canot de pêche Aimé-Gustave, ayant occasionné la perte de son équipage.
Les divers mouvements d’eau effectués durant ce dernier gros d’eau, ont été faits, non à la demande des ostréiculteurs, mais par ordre de l’administration des Ponts et Chaussées, à l’effet de placer un caisson destiné à la réfection du quai de la Poissonnerie. (le Président, Bibard-Rousseau).
Cette responsabilité écartée, nous avons le devoir de dire et d’écrire les lignes suivantes:
Si le bateau de sauvetage avait été paré et au poste qu’il devrait occuper raisonnablement par gros temps, Buchoux père et fils, Milcent aussi, auraient été sauvés.
On n’a pas idée d’un bateau de sauvetage comme celui que la Ville des sables d’Olonne et La Chaume ont l’honneur de posséder.
Quand le temps est beau, il sert à des exercices-promenades qu’exécute son équipage. Il n’est jamais armé en prévision d’un sinistre. Pour l’armer, il faut des tas d’autorisations. Il faut surtout un temps considérable puisque, de l’avis des marins compétents, une heure ne suffirait pas pour lui faire prendre la mer dans l’actuel des choses.
Nous ne voulons pas récriminer inutilement, ni mettre aucune personnalité en cause. Mais nous estimons qu’il ne faut pas attendre une catastrophe nouvelle pour demander des mesures de protection et de secours efficaces soient prises.
Par gros temps, le bateau de sauvetage doit être de suite prêt à partir avec son équipage au complet. Sa place n’est pas au fond du port, mais bien entre les jetées, de façon à pouvoir, le cas échéant,  se porter au secours des bateaux en perdition. (….)
(Sources: Vendée Républicaine – 1911).

Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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