Piscine du Remblai des Sables d'Olonne

Les Sables d’Olonne : quand Maurice Durand transforma le sable en eau…

Nous sommes au début des années 50. Les mauvais souvenirs de la guerre commencent à s’estomper. Après avoir reconstruit la petite jetée qui avait été foudroyée par des explosifs posés par les Allemands à leur départ en 1944, on songe à améliorer la station touristique. Maurice Durand, architecte et auteur de nombreuses constructions aux Sables d’Olonne, se voit confier la construction d’un nouveau Remblai. La piscine, et toute la décoration du Remblai (conception, sols, lampadaires etc..) ainsi que la Pendule sont sortis de son cahier à dessin. 

Piscine du Remblai des Sables d'Olonne

Piscine du Remblai des Sables d’Olonne

Quant à la piscine, splendide pour l’époque, d’une surface de 25m x 12,50m en bord de plage, remplie à l’eau de mer grâce une station de pompage établie sur la jetée Est du port, avec ses plages ensoleillées en demi-cercle, ses toboggans et roue, elle eût un grand succès.

Mais qu’y avait-il avant cette grande piscine du Remblai, donc avant 1952, date de son ouverture?
Un simple terre-plein de sable, une vaste plage de sable, tout simplement. On y accédait presque directement depuis la terrasse du grand Casino (que l’on ne voit pas sur la carte postale).
A gauche, le Grand Hôtel, magnifique bâtiment, était complété d’un beau parc et d’un Chalet en bois de type normand. Parfois, mais au 19ème siècle, les employés de l’hôtel venaient y étendre des draps sur des poteaux enfoncés dans le sable ! Et sur le remblai lui-même, devant l’hôtel, des Sablaises étendaient des filets de pêche qu’elles ramendaient (réparaient).
Un peu plus loin (voir photo ci-dessous), on aperçoit la Villa Camée, une villa de style oriental qui tranchait avec l’architecture des autres maisons. D’ailleurs, son style fut progressivement atténué pour n’en faire qu’un pavillon classique face à la mer qui disparaîtra totalement lors de la construction de l’immeuble Miramar.
Et, visibles aussi sur la photo, un peu plus loin, les arcades du Jardin du Tribunal.

Plage des Sables d'Olonne

Plage des Sables d’Olonne

La Ville devient propriétaire en 1912
La zone de sable dont on parle fut d’abord une zone d’endigage, c’est-à-dire une concession accordée par l’Etat pour soustraire ou protéger le sol des attaques des flots. Puis, elle devint la propriété de la Ville, par achat pécunier, en 1912.
Le service des Archives des Sables d’Olonne nous apprend que “le 24 juin 1949, le ministre de l’Intérieur autorise la ville des Sables-d’Olonne à entreprendre les travaux d’élargissement de la promenade du Remblai, au titre du plan d’équipement national. La municipalité profite de ces travaux pour entreprendre la construction d’un bassin de natation à l’extrémité Ouest du Remblai. La piscine complète harmonieusement l’élargissement de la promenade et va permettre l’organisation de compétitions sportives qui constituent une attraction supplémentaire pour la station balnéaire.
Les travaux débutèrent le 18 décembre 1950 et la piscine fut disponible en 1952.
“De 1952 à 1957, la concession-gérance est confiée à M. Léo David, Directeur du Grand Casino. Puis, de 1958 à 1973, c’est au tour de M. Raphaël Morand, professeur de natation et vainqueur des marathons du Nil et de la Loire, de prendre en main les destinées de la piscine municipale.
En 1966, un bassin école de 6 m x 10 m est construit à l’extrémité Est du bassin sportif, à la place du pédiluve. Celui-ci doit permettre aux scolaires d’apprendre à nager et à se perfectionner dans ce sport avec un maximum de sécurité.
A partir de 1973, l’eau de la piscine est chauffée. L’année suivante, la piscine connaît un nouveau gestionnaire : Jean-Philippe Bart (1974-1975), puis Marie-Thérèse Labarsouque et Francis Cros (1976-1984), Michel Germain (1985-1986), puis de nouveau Francis Cros (1987-2003)”
 précisent les archives de la Ville.
Vert Marine en assure actuellement l’exploitation.

Raphaël Morand, le sablais-nantais Vainqueur du Nil !
Raphaël Morand, qui fut MNS à la piscine du Remblai fut le vainqueur du “1er marathon du Nil” à la nage en 1953 ainsi que 4ème du marathon de la Manche en 1958. On le voit ci-dessous en photo porté par la foule égyptienne !
Raphaël Morand était issu de “Sainte-Reine de Bretagne”. Il passa son adolescence à Nantes et devint tourneur sur métaux. Il passera aussi son brevet de dessinateur industriel.

Raphaël Morand, vainqueur du Nil, porté par la foule égyptienne

Raphaël Morand, vainqueur du Nil, porté par la foule égyptienne

C’est un mulâtre, dénommé “Bougie” , enseignant à l’école de Natation de Nantes, qui lui fit perdre sa peur de l’eau et qui lui apprit à nager. A 16 ans il s’inscrit au Neptune-Club. Mais c’est l’aviation qui l’intéresse, et il devient donc membre de l’Aéro-Club Nantais.
En 1938 il part faire son service militaire de 2 ans dans l’aviation à Saint-Cyr. Après la défaite, il se réfugie à Missilac, vers 1940, où le Comte de Montaigu, propriétaire du château, le reçoit et lui permet d’utiliser son étang. Raphaël Morand y crée un club de natation.
A la Libération, il retourne à Nantes, retravaille comme tourneur et retrouve le Neptune-Club.
– Le 16 août 1951, il participe à la Traversée de la Manche et arrive 9ème en 13h 45 (sens France Angleterre).
– Le 23 août 1958, toujours la Traversée de la Manche et arrive 4ème en 16h32 (sens France Angleterre).
Le 1er juin 1952 il s’attaque à la traversée de la Loire entre Mindin et Saint-Nazaire. Le 29 juin, il effectue le trajet dans les deux sens en moins de deux heures.
Puis en décembre 1953, c’est le Marathon du Nil en Egypte. 29 participants pour 42 km dans les courants du Nil. Il en sortira vainqueur en 14 heures.
« L’obscur français des bords de la Loire a vaincu les géants de la Vallée des Rois », peut-on lire dans le journal Détective, qui consacre deux pages au héros nantais. La foule égyptienne le portera en triomphe avant son retour à Nantes, quinze jours plus tard. Au siège du Neptune Club et à celui du Club du Marathon, il y sera accueilli avec tous les honneurs. Il fut concessionnaire de la piscine du Remblai de 1958 à 1973.
Philippe Brossard-Lotz
Le Reporter sablais
Sources : Philippe Brossard (Le Reporter sablais), Archives Les Sables d’Olonne, Stéphane Pajot (Presse-Océan).

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